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De gauche à droite: Sergio Mattarella, président de la République italienne, Matteo Salvini, dirigeant de la Lega et ses collègues de parti Giancarlo Giorgetti et Gian Marco Centinaio.
© QUIRINALE PRESS OFFICE/PAOLO GIA HANDOUT

Union européenne

L’Italie, chaise vide à Bruxelles

La crise politique italienne a des conséquences au niveau communautaire. En pleine négociation avec Angela Merkel, Emmanuel Macron se trouve privé d’un allié potentiel

A Bruxelles, Sergio Mattarella, 71 ans, est désormais surnommé «le verrou». Explication: pour l’Union européenne, le président de la République italienne, en poste depuis février 2015, reste la principale garantie de stabilité dans les relations avec Rome. «Tant que Mattarella occupe le Palais du Quirinal, la crise politique transalpine est contenue, explique un ancien commissaire européen. Il garde les clés et maintient la porte ouverte.»

Ceux qui parlent toujours de l’Italie comme d’un pilier de l’Union feraient bien de réviser leur copie

Un ancien commissaire européen

Au-delà du chef de l’Etat, par contre, l’absence de lisibilité est totale, vu les tergiversations des deux principaux partis, le Mouvement 5 étoiles (M5S) et la Ligue: «La chaise italienne est vide, poursuit notre interlocuteur. La haute représentante de l’UE pour les Affaires étrangères, Federica Mogherini, est de toute façon très peu audible depuis sa nomination en novembre 2014. Ceux qui parlent toujours de l’Italie comme d’un pilier de l’Union feraient bien de réviser leur copie.»

52% d’eurosceptiques

Le fait que Bruxelles ne soit pas encore en mode alarme tient à deux autres facteurs: la présence de Mario Draghi à la tête de la Banque centrale européenne et le besoin impératif, pour tout gouvernement italien, de pouvoir compter sur l’appui de la Commission dans la crise aujourd’hui la plus politiquement sensible de la Péninsule: celle des migrants. La révélation mercredi, par la presse italienne, d’un pré-projet de programme de gouvernement entre la Ligue et le M5S évoquant, entre autres, une possible sortie de la monnaie unique n’est pas prise au sérieux.

D’autant que l’avenir politique des deux formations, vis-à-vis de l’Union, diverge fortement: «L’électorat du Mouvement 5 Etoiles, en particulier dans le sud de l’Italie, n’est pas favorable à une crise avec Bruxelles, analyse une récente note du CEPS, un think tank bruxellois. Mieux: le MS5 peut, s’il joue fin, envisager de récupérer encore plus d’électeurs déçus du Parti démocrate de Matteo Renzi. Des électeurs pro-européens…»

Conséquences pour Macron

Un chiffre est brandi pour rassurer. Selon le dernier Eurobaromètre trimestriel publié fin 2017, 34% des Italiens continuent de faire confiance à l’Union, alors que 52% ne lui font «plutôt pas confiance» et que 11% se déclarent indécis. Un portrait statistique très proche de celui de la France, où la part des eurosceptiques est supérieure à 56%. Conclusion: la population italienne n’est pas plus anti-européenne, et les partis sortis vainqueurs des législatives du 4 mars n’ont pas tant de marge de manœuvre que cela vis-à-vis de Bruxelles. Surtout si les marchés financiers et les spreads – repartis à la hausse en début de semaine, devant l’absence de gouvernement – venaient à secouer l’économie du pays. Un pays où l’endettement public atteint 130% du PIB – 2300 milliards d’euros – et où les créances douteuses des banques s’élèvent à 200 milliards d’euros.

La blessure politique italienne n’en fait pas moins souffrir un dirigeant européen: Emmanuel Macron. Le président français, récompensé le 10 mai par le prestigieux Prix Charlemagne, s’est engagé à boucler, d’ici au sommet européen des 28 et 29 juin, une «feuille de route commune» avec l’Allemagne sur les réformes de la zone euro. Trois mesures essentielles doivent y figurer selon Paris: un budget commun aux dix-neuf pays dotés de la monnaie unique pour dégager une capacité d’investissement, un système de garantie des dépôts et la finalisation de l’union bancaire. Or l’appui de Rome fait aujourd’hui défaut.

Un changement brutal

«Les faits sont têtus. Dix ans après la crise financière de 2008, la fragilité de la zone euro et du système bancaire demeure. Les Italiens doivent le comprendre», regrettait cette semaine le ministre français des Finances, Bruno Le Maire, lors d’une rencontre à Paris avec la presse européenne. Une confidence complétée par son entourage: «Il est clair que, pour nous, le changement est brutal. Nous étions sur la même longueur d’onde avec le gouvernement italien précédent. Et l’on sait que tout sera maintenant plus compliqué. Sauf que jouer la chaise vide, pour l’Italie, n’est pas tenable.» Un constat appuyé par l’Eurobaromètre de fin 2017: 80% des Italiens déclaraient alors «n’avoir pas confiance dans leur économie». «L’idée d’un Itaxit, une sortie de l’Italie de l’Euro, doit être absolument combattue, poursuit-on côté français. La laisser s’installer serait un poison.»

L’enjeu politique immédiat entre Bruxelles et Rome, pronostiquent les observateurs, sera l’immigration. Premier pays d’accueil de migrants en Europe, l’Italie a besoin du soutien financier mais aussi politique de Bruxelles face à un voisin, la France, de plus en plus tenté de fermer ses frontières, comme l’ont prouvé les récents accrochages policiers dans les Alpes. Là aussi, la chaise vide transalpine apparaît difficilement tenable. Quel que soit le gouvernement.


Une ébauche controversée

Sortie de l’euro, renégociation des traités européens, annulation de 250 milliards de dette: la Ligue et le M5S agitent des idées provocantesUne ébauche de «contrat de gouvernement» en Italie entre la Ligue (extrême droite) et le M5S (populiste) a suscité une vague d’inquiétudes, même si les deux partis assurent que le document n’a rien de définitif.

Les marchés financiers étaient en alerte mercredi après la publication par le Huffington Post de ce texte: vers midi, la Bourse de Milan a perdu plus de 2,5%, la pire performance des places financières européennes.

Souveraineté monétaire

Quant au spread – l’écart entre les taux d’emprunt italien et allemand à dix ans –, il a grimpé à 149 points, en nette progression par rapport aux 131 points de mardi soir.
Parmi les nombreuses mesures énumérées dans le document de 39 pages figure l’introduction de mesures «techniques de nature économique et juridique qui permettent aux Etats membres de sortir de l’Union monétaire, et donc de retrouver leur souveraineté monétaire».

Un passage évoque aussi la possibilité de demander à la Banque centrale européenne (BCE), dirigée par l’Italien Mario Draghi, d’annuler quelque 250 milliards d’euros de dette italienne détenue sous forme de titres d’Etat par l’institution de Francfort. AFP

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