En avance sur ses voisins, l’Italie maintient la date d’ouverture de ses frontières le 3 juin prochain pour les citoyens de l’Union européenne et de l’espace Schengen. Le ministre italien des Affaires européennes a confirmé lundi en conférence de presse avec des médias internationaux la décision de son gouvernement prise il y a dix jours. Rassurée par l’affaiblissement continu de l’épidémie dans la Péninsule, Rome espère ainsi sauver la saison touristique de cet été en accueillant à nouveau les visiteurs du Vieux-Continent.

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Il ne s’agit pas «d’une décision autonome», tranche d’emblée Vincenzo Amendola. Elle s’inscrit dans les recommandations de la Commission européenne «sur les diverses phases de réouverture des frontières» annoncées le 13 mai dernier, affirme le ministre, qui interprète librement le document intitulé «Pour une approche coordonnée par étapes du rétablissement de la libre circulation et de la levée des contrôles aux frontières intérieures». L’ancien élu démocrate assure que l’Italie lancera début juin la «première étape» délimitée par les autorités européennes permettant «une levée partielle des restrictions et des contrôles aux frontières». Or le texte ne donne pas précisément de calendrier, mais soumet celui-ci à «l’évolution favorable de la situation épidémiologique dans l’Union».

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Levée des restrictions à l’entrée en Italie

Dans ses réponses au Temps, le ministre italien joue aussi sur les mots. En réalité, pour l’Italie le 3 juin n’est pas vraiment synonyme de «réouverture des frontières, mais d’élimination des mesures» restrictives comme «la quarantaine et l’obligation de s’auto-dénoncer» auprès des autorités sanitaires une fois arrivé sur le sol italien, détaille-t-il. Les étrangers entrant aujourd’hui sur le territoire national doivent s’isoler pendant quatorze jours s’ils restent plus de 72 heures. Début juin, toutes ces restrictions seront levées pour les étrangers comme pour les Italiens, qui pourront ainsi de nouveau se déplacer entre les diverses régions du pays.

Pour prendre cette décision mi-mai, Rome s’était basé sur l’évolution positive de l’épidémie. Tendance qu’elle continue aujourd’hui d’observer. Lundi, l’Italie enregistrait 55 300 malades, soit 1294 de moins que la veille, dans une baisse constante. Le bilan s’est, lui, alourdi à 32 877 décès, soit 92 de plus en une journée. Au 3 juin, les autorités ont donc encore l’espoir de respecter la première condition posée par l’Union européenne pour lever les contrôles aux frontières: «Que la situation épidémiologique observée au sein d’un Etat membre permette un assouplissement des restrictions nationales en matière de libre circulation.»

Dans ces conditions, l’Italie se permet de renvoyer les critiques prononcées notamment par son voisin helvétique et exclut un manque de coordination européenne de sa part. «Il s’agit d’une décision unilatérale de l’Italie dont je prends acte, affirmait pourtant la conseillère fédérale Karin Keller-Sutter sur les ondes de SRF le 16 mai dernier. La Suisse décidera de manière autonome si elle autorise les personnes en provenance d’Italie à entrer sur son territoire à cette date.» Le gouvernement italien avait anticipé une telle réponse. Les déplacements depuis et vers l’Union européenne ainsi qu'au sein de l’espace Schengen pourront toujours «être limités» par des restrictions mises en place par ces Etats, précise ainsi le décret du président du Conseil daté du 17 mai.

Les déplacements intérieurs incertains

Les autorités italiennes ont encore moins apprécié la prise de position de l’Autriche. Vienne permettra en effet aux touristes allemands et suisses de transiter par son territoire pour se rendre dans la Péninsule, mais refuse d’ouvrir complètement sa frontière avec son voisin latin. Les présidents des régions du nord-est transalpin ont dénoncé ces «corridors absurdes». Le ministre des Affaires étrangères italien a appelé dimanche à un «retour à la normalité» et a assuré «être au travail pour réactiver les flux touristiques avec les pays étrangers».

Or en Italie même, les citoyens ne sont pas encore certains de pouvoir se déplacer dès le 3 juin dans toutes les régions, notamment en Lombardie, la plus touchée par le coronavirus. Avec le début de la phase 2 il y a une semaine et de nombreux rassemblements dans les centres de grandes villes, plusieurs maires et gouverneurs craignent une reprise des contagions et menacent de fermer certaines zones ou quartiers. Sans compter les îles voulant s’isoler: la Sicile et la Sardaigne réclament déjà aux futurs touristes des «permis sanitaires» assurant qu’ils ont été testés négatifs au virus. Dépendante d’une reprise du tourisme dès cet été pour relancer son économie, l’Italie fait autant preuve d’assurance sur le plan européen que de retenue et de confusion sur le plan intérieur.