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Le président américain Donald Trump lors d’une réunion à la Maison-Blanche le 9 avril 2018.
© Jim Lo Scalzo-Pool/Getty Images

Crime organisé

L’Italie ne croit pas que Donald Trump soit un parrain de la mafia

L’ancien chef du FBI limogé par Donald Trump a comparé le comportement du président américain à celui d’un chef mafieux. En Italie, martyrisée par le crime organisé pendant des décennies, la comparaison ne tient pas

Le mode de gouvernement de Donald Trump est «mercantile, vaniteux et axé sur la loyauté personnelle». Le président américain «n’est pas éthique et est détaché de la vérité et des valeurs institutionnelles». Dans A Higher Loyalty: Truth, Lies and Leadership (Mensonges et vérités, pour l’édition française), paru mi-avril, l’ancien directeur du FBI James Comey se montre virulent à l’encontre de son ancien patron. Il avait été limogé par ce dernier, il y a près d’un an. Libéré de sa fonction, il raconte son travail auprès du leader américain et établit un lien entre celui-ci et un chef de clan mafieux.

En Italie, berceau de la mafia, la comparaison n’est pas prise à la légère. Malgré une guerre sans merci dans les années 1980 et 1990 entre l’Etat et l’organisation criminelle, Cosa Nostra, bien qu’affaiblie, est encore présente en Sicile. C’est cette mafia sicilienne qu’évoque James Comey. Plus précisément ses relents américains. Avant d’être nommé à la tête du FBI, il était procureur fédéral à New York et avait participé il y a une trentaine d’années à la chute de la famille mafieuse Gambino.

«Personnalisation du pouvoir»

L’analogie entre le président américain et un parrain de la mafia ne convainc pas Salvatore Lupo, professeur d’histoire contemporaine à l’Université de Palerme et spécialiste de la mafia. «Il faut autre chose pour être considéré comme tel», avance l’auteur d’Histoire de la mafia: des origines à nos jours et de Quando la mafia trovò l’America. Storia di un intreccio intercontinentale, 1888-2008, racontant la mafia aux Etats-Unis. Il voit plutôt dans le comportement de Donald Trump une «personnalisation du pouvoir, que l’on ne voit pas uniquement au sein du crime organisé».

Les mafieux auxquels se réfère James Comey font partie de la plus importante des cinq familles criminelles ayant sévi à New York une grande partie du XXe siècle. Elles représentaient la mafia par excellence, raconte le professeur sicilien, et maintenaient des liens avec Palerme. Mais elles étaient différentes de leur grande sœur italienne. «Contrairement à Cosa Nostra, poursuit Salvatore Lupo, les cinq familles n’étaient pas organisées territorialement. Elles représentaient une mafia plus grande et plus structurée, infiltrée dans le monde des affaires, dirigée par une commission. Elles attendaient fidélité de leurs hommes.»

«Code de loyauté»

James Comey fait la comparaison entre l’exercice du pouvoir de Donald Trump et cette organisation. «Le cercle silencieux de l’assentiment. Le boss en contrôle total. Les serments de loyauté. Cette vision d’un monde du «nous contre eux». Les mensonges sur tous les sujets, grands ou petits, au service d’une sorte de code de loyauté qui place l’organisation au-dessus de la morale et au-dessus de la vérité», écrit l’homme, qui dirigeait l’enquête sur les soupçons d’ingérence, avec l’éventuelle complicité de l’équipe de campagne du futur président, de la Russie dans la campagne présidentielle américaine de 2016. Il assure que Donald Trump lui a réclamé sa loyauté.

Lire aussi: «Et si l’ex-patron du FBI limogé en faisait trop?»

Malgré tout, le président américain ne peut absolument pas être lié à la mafia, tranche Alfonso Sabella. Ce magistrat faisait partie dans les années 1990 du pool antimafia de Palerme. Il a notamment participé à l’arrestation de Leoluca Bagarella, boss mafieux, beau-frère de Toto Riina, «parrain des parrains» de la mafia sicilienne mort en prison en novembre dernier.

Omnipotents et omniscients

Ces hommes «se sentent comme des dieux, ils prennent comme ils donnent la vie, assure l’auteur de Cacciatori di mafiosi (Chasseurs de mafieux). Avides de pouvoir et d’argent, sans humanité, sans éthique, ils se sentent omnipotents, estiment avoir un pouvoir absolu sur les autres, aidés par une force militaire de plusieurs milliers d’hommes, n’hésitant pas à commettre des attentats.»

Le professeur Salvatore Lupo ajoute à cette description l’omniscience: «Ils manipulent leurs soldats et se présentent à eux comme ceux qui prévoient tout et savent tout, comme ceux qui tiennent ensemble tous les fils de l’intrigue.» N’hésitant pas par exemple à dissoudre un enfant dans l’acide, ces hommes sont «ignobles, conclut Alfonso Sabella, et même lâches, c’est-à-dire prêts à se repentir et à collaborer avec la justice dès qu’ils risquent la prison.»

La fascination de la mafia

Pour toutes ces raisons, Salvatore Lupo estime que le lexique mafieux ne devrait pas être utilisé si facilement. «Il exerce toujours une fascination, explique l’historien. Par le passé, dans le langage américain, il avait une connotation ethnique. Mais son application est désormais devenue plus vaste. En Italie, il est même utilisé pour décrire Silvio Berlusconi.»

L’ancien président du Conseil italien est souvent accusé de collusion avec la mafia. Son proche et ancien sénateur Marcello Dell’Utri a été condamné la semaine dernière dans le procès «Etat-mafia»: le verdict lui reconnaissait un rôle dans les négociations entre l’Etat et la mafia dans les années 1990 pour mettre un terme aux attentats mafieux. Si cela n’a pas aidé à lever les soupçons sur les possibles liens entre le crime organisé et Silvio Berlusconi, même le Caïman, tout comme Donald Trump, ne méritent pas «l’insulte de mafieux», tranche le magistrat Alfonso Sabella.

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