Les autorités italiennes ont passé la semaine écoulée à définir le sens du mot «proche». «Congiunti» est utilisé dans leur dernier décret par un article accordant une plus grande liberté de mouvement depuis ce lundi 4 mai. Ainsi, les 60 millions d’Italiens peuvent désormais sortir au sein de leur région de résidence pour rendre visite à leur cousin du sixième degré, mais non à leur plus proche ami. Le débat a animé l’Italie une semaine durant. Tous les autres déplacements restent interdits, sauf pour raison de travail, de santé ou de nécessité. Les commerces de détail non alimentaire, les lieux de restauration, de culture et de divertissement sont toujours fermés.

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Une ligne extrêmement prudente

Cette phase 2 de la riposte comprend aussi la réouverture des chantiers, des usines et des entreprises. Quelque 4,4 millions de travailleurs ont ainsi pu rejoindre leur lieu de travail lundi. Encore marqué par la crise épidémique dans le nord du pays, le gouvernement adopte une ligne extrêmement prudente. Le retour de ces millions de personnes sur les routes, notamment dans les transports publics, augmente «le nombre d’occasions d’une possible contagion», a prévenu le premier ministre Giuseppe Conte dans un message publié dimanche sur Facebook. «Nous pourrons l’éviter seulement grâce à un plus grand sens des responsabilités.»

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Cette «nouvelle page» de «cohabitation avec le virus» s’ouvre avec les plus bas bilans quotidiens de décès et de nouvelles contagions en près de deux mois. Le coronavirus a officiellement fait en Italie près de 29 000 victimes et, au 3 mai, l’épidémie avait touché plus de 211 000 personnes. Mais le chiffre des infections baisse depuis bientôt deux semaines et celui des guérisons augmente. Toutefois, la donnée ayant encouragé les autorités à initier la nouvelle phase de la réponse à la crise est le nombre de lits disponibles en thérapies intensives. Ils s’en libèrent chaque jour depuis bientôt un mois.

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Les phases suivantes seront décidées par l’exécutif en fonction des statistiques. Le gouvernement n’exclut pas le retour d’une quarantaine stricte, sans doute par région, si les foyers épidémiques du nord échappent de nouveau à tout contrôle.

Les rues de Rome lundi n’ont traduit que timidement le début de cette nouvelle phase. Le trafic a légèrement repris aux heures de pointe le matin et en fin de journée, mais les places et les grandes artères sont restées relativement vides. Si le service ferroviaire régional a partiellement repris, la gare était peu fréquentée.

Dans la station de Termini, des flèchent au sol indiquent le parcours à suivre pour atteindre les rames. Aux entrées des quais, du personnel sanitaire prend la température des voyageurs après un contrôle des forces de l’ordre s’assurant de la validité du déplacement. Le même circuit balisé mène enfin vers la sortie. Devant la station, les bus et les taxis s’amassent par manque de clients.

Les transports publics restent pour les autorités locales et nationales le principal casse-tête de la phase 2. Comment assurer le service tout en devant faire respecter les distances de sécurité? Dans les véhicules de l’ATAC, la compagnie de transports romains, des petites affiches indiquent les places interdites. Sur la vingtaine de sièges, seuls sept sont disponibles. Avant le départ des bus, des agents d’un service privé de sécurité s’assurent que les distances sont respectées et que les voyageurs portent bien un masque. Durant le trajet, «à moi de contrôler, glisse un chauffeur. Si je vois dans le rétroviseur qu’il y a trop de personnes à bord, je dois appeler ma centrale qui enverra un contrôleur.» Mais le conducteur promet que, pour l’heure, les clients respectent spontanément les indications.

Entre les mailles du filet

Sa ligne 64 traverse tout le centre de la Ville éternelle. Très peu d’usagers se trouvent aux arrêts. La place de Largo Argentina, habituellement sillonnée par de nombreux Romains et touristes, est calme. Seuls quelques clients font la queue devant une banque et une patrouille de police contrôle les voitures. A quelques centaines de mètres, le serveur d’un café discute avec une poignée de passants. Son local est le seul à avoir ouvert sur la place devant le Panthéon. Le petit bar a interprété à sa manière le «service à emporter» que concède le dernier décret. Le client peut commander sans entrer à l’intérieur. Son ristretto lui sera servi dans une tasse en plastique sur l’une des deux tables à l’extérieur. Sans le dire, il espère ainsi passer entre les mailles des mesures de sécurité encore imposées à la restauration pour encore un mois.

Dans l’ombre du café semi-ouvert, le caissier écoute son serveur se désoler. Il craint que, même quand la quarantaine sera complètement levée, les clients «aient peur de sortir». Le tourisme est un sujet qu’il préfère éviter. Il n’attend cet été aucun visiteur venu de l’étranger. Protégé d’un masque et de gants, le serveur ne peut s’empêcher de gesticuler vivement. Avec les quelques clients attendant leur café, il discute encore de la signification du mot «proche». Evoquant tour à tour amis, fiancés, cousins et amants, les Romains ne sont visiblement pas convaincus par la définition des autorités.