Silvio Berlusconi bat le rappel des troupes. A moins de trois semaines d'importantes élections régionales et quelques jours après la libération tragique de la journaliste Giuliana Sgrena, le chef du gouvernement italien a annoncé mardi soir le retrait progressif du contingent de 3300 hommes basé depuis juin 2003 à Nassiriyah, dans le sud du pays: «Dès septembre, nous commencerons à réduire progressivement le nombre de nos soldats […] car notre opinion publique le demande.» Bien que l'éventualité d'un désengagement ait été discutée depuis plusieurs semaines dans les couloirs, l'annonce faite devant les caméras d'une émission de télévision de la Rai a créé une véritable surprise.

Quelques minutes plus tôt, la majorité de droite avait en effet affronté les critiques de l'opposition à la Chambre des députés pour voter la prolongation de la mission en Irak pour six mois, c'est-à-dire jusqu'à fin septembre. Devant les parlementaires, le gouvernement s'est bien gardé de laisser filtrer la moindre ouverture, laissant à Silvio Berlusconi, en bon stratège en communication, le soin de s'adresser directement à l'opinion publique à travers le petit écran.

Au cours de son intervention télévisée, le président du Conseil qui, au passage a annoncé qu'il sera de nouveau le candidat de la droite aux prochaines élections législatives de 2006, a tenu à préciser: «Le retrait de nos troupes dépendra de la capacité du gouvernement irakien à se doter de structures de sécurité acceptables.» Il n'empêche. L'annonce d'un retrait progressif constitue bel et bien un tournant. Jusqu'à présent et malgré une opinion publique largement opposée à la présence de troupes italiennes en Irak, le gouvernement de Silvio Berlusconi avait affiché un soutien indéfectible à George Bush.

«Il est encore prématuré de parler de stratégie de sortie», avait ainsi indiqué le Cavaliere fin février en marge du sommet de l'OTAN. Dans un entretien publié mardi matin, le ministre des Affaires étrangères, Gianfranco Fini, était même catégorique: «Nous n'avons aucune raison de retirer les troupes italiennes d'Irak.»

Mais la libération de Giuliana Sgrena qui, le 4 mars dernier, a coûté la vie à l'agent des services secrets Nicola Calipari tué par des «tirs amis» américains, semble avoir incité Silvio Berlusconi à franchir le Rubicon. En Italie, personne ne veut croire que l'annonce du retrait progressif des troupes soit une forme de réponse aux Moujahidin sans frontières, les ravisseurs de Giuliana Sgrena qui avaient exigé le départ des soldats transalpins. En revanche, l'effet produit par l'affaire dans de l'opinion publique italienne a sans aucun doute fait réfléchir le patron de Forza Italia.

Les récents sondages indiquent en effet que 70% des Italiens souhaitent le rappel des troupes et la majorité de droite redoute que ce sentiment n'influe sur l'issue des prochaines élections. L'annonce du retrait progressif du contingent italien en Irak – le quatrième en nombre après celui des Etats-Unis, de la Grande-Bretagne et de la Corée du Sud – semble avoir pris de court tant Londres que Washington. «J'ai confiance dans le fait que toute décision que les Italiens prendront au sujet de leurs forces sera totalement coordonnée, de manière à ne pas mettre en danger la mission» de la coalition dirigée par les Etats-Unis en Irak, a tenté de minimiser hier la secrétaire d'Etat américaine Condoleezza Rice.

Du côté de Tony Blair, l'irritation semble le disputer à la surprise. Car dans son intervention, Silvio Berlusconi ne s'est privé d'impliquer directement le premier ministre britannique avec lequel il se serait entretenu au cours du dernier week-end: «J'ai parlé (du retrait) avec Tony Blair et c'est l'opinion publique de nos pays qui attend cette décision.» Ces propos ont contraint le premier ministre à faire une mise au point devant la Chambre des communes en expliquant qu'aucune date précise n'a été fixée pour un éventuel retrait d'Irak. «Avec Tony Blair, il n'y a eu aucun malentendu», a réagi hier après-midi Berlusconi qui a également reçu un coup de téléphone de George Bush. «Berlusconi m'a assuré qu'il n'y avait pas de changement de sa politique» a souligné le chef de la Maison-Blanche. Mais du côté de la présidence du Conseil, hier soir, on persistait: «Silvio Berlusconi a réitéré le souhait de pouvoir commencer au plus tôt, si possible en septembre, un retrait progressif et graduel du contingent militaire italien en Irak.»