L’itinéraire sanglant d’Omar

el-Hussein

Danemark L’auteur présumé des attaques de Copenhague fréquentait des gangs radicalisés

Des membres de bandes organisées se rapprochent des groupes islamistes

C’est de prison qu’Omar Abdel Hamid el-Hussein, l’auteur présumé des attaques de Copenhague, samedi dernier, a suivi les attentats commis en France en janvier. S’en est-il inspiré? Plusieurs experts le pensent, trouvant des parallèles dans le choix des cibles: Charlie Hebdo et un débat sur la liberté d’expression, l’Hyper Cacher de la porte de Vincennes et une synagogue.

Samedi 14 février, il s’attaque au centre culturel de Krudttonden, où se trouve Lars Vilks, artiste suédois menacé de mort pour avoir dessiné une caricature de Mahomet en 2007. A 15h33, le premier à tomber sous ses balles est Finn Norgaard, un réalisateur de 55 ans, qui est tué à bout pourtant, alors qu’il était à l’extérieur du centre. El-Hussein tire ensuite sur trois policiers, puis s’enfuit à bord d’une voiture qu’il abandonne 2 km plus loin.

La police parviendra à reconstituer son itinéraire grâce aux vidéos de surveillance. On voit Omar el-Hussein appeler d’une cabine, un taxi sans doute, car une voiture vient le chercher peu après. Il l’emmène à son appartement de Norrebro. Il y passe vingt minutes et en ressort à 16h37. On ne retrouve sa trace qu’à 0h45 devant la synagogue de Krystalgade. A ce moment, la police a déjà identifié son appartement et l’a placé sous surveillance depuis 23 heures.

Après la fusillade de l’après-midi, les services de renseignement ont également décidé dans la soirée de renforcer la sécurité de différents édifices, dont cette synagogue où a lieu une fête de confirmation avec 80 convives, parmi lesquels de nombreux enfants. Le garde non armé qui contrôlait les entrées, Dan Uzan, 37 ans, est tué par tirs dans la tête. El-Hussein fait feu ensuite sur les deux policiers qu’il blesse, mais ces derniers arrivent à riposter et il doit rebrousser chemin.

Que fait Omar el-Hussein durant les heures suivantes? Mystère pour l’instant. Mais vers 5 heures, il retourne à son appartement, surveillé par l’unité d’intervention de la police, qui l’apostrophe. El-Hussein tire, il est abattu.

Dimanche, plusieurs perquisitions ont été menées aux alentours de son appartement, un quartier populaire qui, depuis des années, a été le théâtre de tensions, notamment à cause de la présence de gangs de jeunes issus de l’immigration avec lesquels il était lié. Quatre personnes ont été interpellées. Deux d’entre elles sont soupçonnées d’avoir aidé l’auteur présumé des fusillades à se procurer des armes.

Omar Abdel Hamid el-Hussein, 22 ans, né au Danemark, est décrit comme un bon élève par son ancien directeur du collège de Hvidovre, Peter Zinkernagel, à la radio danoise. Un de ses anciens camarades de classe évoque dans Ekstra Bladet quelqu’un qui aimait discuter, mais qui voulait aussi qu’on respecte la religion des gens: «Il adorait discuter de l’islam, et spécialement du conflit entre Israël et la Palestine.»

Depuis plusieurs années, il était lié à des gangs radicalisés de la capitale danoise. Selon plusieurs sources, el-Hussein appartenait notamment au groupe de La Raza, venu de Valby, dans la banlieue de Copenhague. Ses membres portent un t-shirt noir avec le nom du gang dans le dos. Mais il avait aussi des accointances avec un autre gang dit ethnique, Brothas.

En novembre 2013, il est recherché par la police après avoir poignardé un jeune homme dans un train de banlieue, sans motif connu. Considéré comme dangereux, il est arrêté deux mois plus tard et condamné à deux ans de prison en décembre 2014, mais en était sorti fin janvier car il avait purgé une bonne partie de sa peine en détention provisoire.

Omar Abdel Hamid el-Hussein est le premier à passer à l’acte au Danemark. Mais depuis la guerre en Syrie, les liaisons dangereuses se tissent entre islamistes et membres des bandes organisées avec, en outre, un défi de taille pour les autorités, comme le confie un spécialiste au Monde : «Islamistes et gangs tentent de recruter parmi les mêmes jeunes.» La Raza était radicalisée depuis sa création. L’un des responsables du gang avait publié sur son profil Facebook de nombreux posts annonçant que l’islam allait dominer le monde.

Nombre des conflits entre bandes organisées sont liés à la maîtrise du marché de la drogue et à de vieilles vengeances qui remontent à la guerre des gangs de 2008-2009 avec des alliances qui se font et se défont, sur fond, entre autres, de compétition entre groupes issus de l’immigration et les gangs de motards, les Hell’s Angels et les Bandidos, qui tenaient le haut du pavé des trafics en tout genre.

«Les extrémistes musulmans leur donnent une excuse pour agir violemment, et c’est le plus dangereux», explique un Danois d’origine palestinienne qui connaît bien ces milieux. Après des années à tenter de dissuader les jeunes issus de l’immigration d’entrer au service des gangs, celui-ci s’était résolu à tenter de les rapprocher des mosquées pour les sortir de la violence. Parfois, des membres de bandes organisées ont servi de gardes du corps à un parti islamiste qui a pignon sur rue au Danemark et qui est régulièrement montré du doigt dans les médias: Hizb ut-Tahrir.

Au sein des gangs radicalisés, plusieurs membres sont partis se battre en Syrie, à l’image de l’un des chefs, Store A, un Danois d’origine marocaine. Des membres du gang des Brothas ont depuis longtemps fait le voyage de Syrie. «Ils en avaient marre d’être accros à la drogue et à l’argent, ils voulaient en quelque sorte se purifier», explique au Monde , sous couvert d’anonymat, une source travaillant dans ce milieu.

«Il adorait discuter de l’islam,et spécialement du conflit entre Israël et la Palestine»