chine

Liu Xiaobo, martyr de la démocratie

Pékin juge le célèbre dissident pour «atteinte à la sécurité de l’Etat». Verdict à Noël

Le jugement a été expédié en deux heures et l’annonce du verdict devrait tomber le jour de Noël. Liu Xiaobo, l’un des auteurs de la «Charte 08» – appelant à la fin du monopole du Parti communiste – et grande figure du mouvement de Tiananmen en 1989, est passé mercredi devant ses juges sous l’inculpation d’«incitation à la subversion du pouvoir de l’Etat». Il encourt jusqu’à 15 ans de prison.

Soutien international

L’accès au tribunal a été limité. Plusieurs dizaines de diplomates occidentaux ainsi que des journalistes étrangers et des sympathisants chinois ont été empêchés d’assister à la séance. Selon le beau-frère du dissident, qui a pu accéder à la salle, cité par Associated Press, le Parquet a accusé Liu Xiaobo de crimes «graves». Ce dernier a reconnu avoir «exercé son droit à la liberté d’expression, mais n’a pas admis avoir tenté de renverser le pouvoir». «Il n’y a aucune activité ou action violente qui puisse alimenter une telle accusation», a-t-il précisé.

La Charte 08, inspirée de la Charte 77 des dissidents tchécoslovaques des années 1970, a été publiée sur Internet le 10 décembre 2008 à l’occasion du 60e anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’homme. Elle a été signée dans un premier temps par 300 intellectuels et a recueilli plus de 10 000 soutiens sur le Net. Le texte plaide pour l’Etat de droit, la séparation des pouvoirs, une république fédérale, la liberté d’opinion ainsi que la création d’une commission d’enquête sur les crimes passés du régime communiste.

Considéré par le pouvoir comme le principal auteur du texte, Liu Xiaobo a été arrêté à la veille de la mise en ligne du texte, puis formellement emprisonné en juin dernier. L’Union européenne et les Etats-Unis ont récemment appelé à sa libération ainsi que 300 intellectuels du monde entier parmi lesquels Vaclav Havel, Umberto Eco et Salman Rushdie. Pékin a sèchement répondu qu’il s’agissait d’une question intérieure traitée par la justice. Plusieurs organisations de défense des droits de l’homme dénoncent un procès politique.

Des signataires de la Charte 08 ont été assignés à résidence mercredi. Parmi eux, Bao Tong (l’ancien conseillé du secrétaire général déchu du PCC en 1989, Zhao Ziyang) a expliqué à l’AFP qu’il devait également être jugé si Liu Xiaobo devait être condamné.

Une condamnation pour l’exemple

Après sa grève de la faim sur la place Tiananmen en 1989, Liu Xiaobo avait été emprisonné une première fois durant un an et demi sans jugement. Il a ensuite été en camp de rééducation par le travail de 1996 à 1999 pour avoir appelé à des réformes politiques. Dans un entretien au Temps, il y a quelques années, le dissident expliquait sa libération par la pression exercée à l’époque par la présidence de Bill Clinton. Auteur de textes très critiques envers le régime publiés par des revues hongkongaises, Liu Xiaobo pensait être protégé par sa notoriété internationale. Ce qui était vrai il y a encore quelques années ne l’est plus forcément. Il se pourrait bien aujourd’hui que Pékin veuille faire du cas de Liu Xiaobo un exemple. Avec ce message: les pressions internationales n’ont plus aucune prise sur un régime chinois sûr de sa nouvelle puissance et de son bon droit.

Pékin semble effectivement en position de force face aux démocraties. De passage à Pékin, le premier ministre français François Fillon expliquait mardi qu’il ne fallait pas «négliger les progrès qui ont été réalisés depuis des années en Chine» en matière des droits de l’homme grâce notamment à sa «politique de développement économique».

Publicité