Liu Xiaobo est l'un des très rares dissidents déclarés résidant encore en Chine. Il sait qu'à tout moment la police peut s'introduire chez lui, le faire disparaître dans une prison, le réduire au silence. Cela s'est encore produit la semaine dernière: une dizaine d'heures d'interrogatoire en pleine nuit. Cette fois-ci, il ne s'agissait que d'un avertissement. L'ancien professeur de philosophie de l'Université de Pékin et figure du Printemps de Pékin de 1989 a reçu mercredi un salutaire appui de Reporters sans frontières (RSF) qui lui a décerné son prix de défenseur de la liberté de la presse.

La récompense intervient alors que le pouvoir chinois s'est lancé dans une nouvelle reprise en main idéologique: musellement de la presse, mesures d'intimidation à l'encontre de journalistes et d'intellectuels, censure des esprits critiques, arrestation d'avocat. «Quand on voit la situation des médias chinois, les restrictions à la liberté d'expression et la détention de journalistes au nom de la stabilité sociale, on peut dire que c'est une situation relativement mauvaise», déclarait Liu Xiaobo hier à l'AFP.

Le jury international de RSF rappelle que «Liu Xiaobo est déterminé à ce que les médias chinois deviennent un contrepoids à la toute-puissance du Parti communiste». A 49 ans, le critique social a déjà payé de sa personne par trois séjours en prison, maison d'arrêt ou camp de rééducation: six ans de privation de liberté en tout. La dernière fois, les Etats-Unis avaient obtenu sa libération. «Dans ce système, nous expliquait-il il y a quelques mois, nous devons payer pour être honnête. Je n'ai pas peur d'aller à nouveau en prison. Si je suis encore libre, c'est que le pouvoir calcule le prix de revient de mon arrestation.»

Depuis un an, Liu Xiaobo redouble d'activités, multipliant les pétitions pour libérer les journalistes ou cyberdissidents, attaquer l'article de loi sur la «subversion du pouvoir d'Etat» qui a remplacé l'ancien «crime contre-révolutionnaire» ou encore demander que l'on retire la momie de Mao de Tiananmen. L'éditeur Cheng Yizhong, fondateur du quotidien Nouvelle Capitale, qui vient de passer cinq mois en prison, faisait également partie de la liste des lauréats possibles.

RSF a par ailleurs récompensé le journaliste algérien Hafnaoui Ghoul du quotidien El Youm, détenu durant six mois pour avoir dénoncé la corruption d'autorités locales, ainsi que l'hebdomadaire mexicain Zeta, dont le combat pour la liberté d'expression a déjà coûté la vie à trois de ses collaborateurs.