Pour la première fois de son histoire, l’Union européenne s’apprête à fournir des armes létales à un pays tiers. Au total, 450 millions d’euros ont été débloqués pour soutenir cette mesure auxquels s’ajoutent 50 millions pour des équipements de protection et du carburant. Ces sommes proviennent de la «Facilité européenne pour la paix», un fonds doté d’un budget de 5 milliards. Cette décision, qualifiée de «tournant historique» par la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a été précipitée par la menace nucléaire brandie par Vladimir Poutine.

Dans ce cadre, certains pays membres de l’UE se sont également dits prêts à fournir des avions de combat à l’armée ukrainienne. «Le chef de la diplomatie ukrainienne Dmytro Kouleba a indiqué avoir besoin d’avions que les Ukrainiens peuvent piloter. Certains Etats membres disposent de ce genre d’avions et nous allons les fournir avec d’autres armements nécessaires à une guerre», expliquait le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell dimanche soir. Ces envois d’armes doivent s’ajouter à ceux déjà promis par les pays membres de l’UE.

Un changement de doctrine

L’UE n’est pas la seule que la guerre en Ukraine a fait sortir de sa réserve militaire historique. Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, l’Allemagne refusait de livrer des équipements militaires létaux à l’étranger. Mais samedi, le chancelier Olaf Scholz a levé ce tabou en annonçant la livraison de 1400 lance-roquettes antichar, de 500 missiles sol-air Stinger (utilisés dans la défense antiaérienne) et neuf obusiers, des pièces d’artillerie. Une partie de cet armement sera en fait livré par les Pays-Bas (400 lance-roquettes) et l’Estonie (obusiers). Les deux pays détiennent ces équipements mais avaient besoin de l’autorisation allemande pour les réexporter. L’Allemagne devrait aussi fournir une dizaine de véhicules blindés et 10 000 tonnes de carburant.

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La Suède a elle aussi fait le choix de livrer des armes en Ukraine, rompant aussi avec une longue tradition de relative neutralité. Le pays prévoit de faire parvenir à l’armée ukrainienne des armes antichar, qui seront accompagnées de 135 000 rations de combat, 5 000 casques et 5 000 gilets pare-balles. Cependant, le gouvernement a exclu de livrer le modèle le plus puissant de son arsenal contre les blindés.

Parmi les autres pays européens, les Pays-Bas ont indiqué avoir déjà fait parvenir des fusils de précision qui avaient été promis avant le début de l’offensive russe. Le gouvernement néerlandais a aussi affirmé qu’il allait aussi fournir 200 missiles Stinger. La Belgique a d’abord annoncé un envoi de 2000 mitrailleuses et 3800 tonnes de carburant, avant d’ajouter 3000 fusils automatiques supplémentaires et 200 armes antichars. Il s’agit essentiellement d’anciens fusils d’assaut remplacés par les forces belges par un autre modèle.

Avant le conflit, la République tchèque s’était déjà engagée à donner 4000 obus à l’Ukraine, mais Prague a décidé d’aller encore plus loin et de fournir un arsenal de 30 000 pistolets, 7000 fusils d’assaut, 3000 fusils-mitrailleurs et plusieurs dizaines de fusils de précision ainsi qu’un million de cartouches. Et la Pologne a livré des milliers de munitions à son voisin. D’autres pays comme la France, le Portugal, la Grèce, la Roumanie ou encore l’Espagne ont promis du «matériel défensif» ou des équipements militaires sans entrer dans les détails.

Des armes livrées depuis plusieurs semaines

L’aide militaire ne s’arrête pas aux pays européens. Le Canada, qui avait déjà offert pour 7,2 millions de francs d’armes, a décidé d’ajouter 18 millions d’équipement non-létal ce lundi. Samedi, c’était au tour des Etats-Unis d’annoncer 323 millions d’aide militaire supplémentaire, s’ajoutant à 240 millions versés à l’automne. A cette heure, depuis une année, l’aide américaine atteint un milliard de dollars.

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Les livraisons d’armement avaient commencé avant le début de l’offensive russe, et s’étaient intensifiées particulièrement lors de la montée des tensions ces dernières semaines. Au mois de janvier, le Royaume-Uni et les pays baltes avaient déjà acheminé des milliers de missiles Javelin portables antitank de conception américaine.

A ce stade, l’essentiel des armements envoyés en soutien à l’Ukraine vient des pays occidentaux. La Turquie n’a pour le moment pas annoncé d’envoi d’armement, mais l’armée ukrainienne a acheté douze drones Bayraktar de fabrication turque.

Le problème logistique

Reste la délicate question de l’acheminement de ces armes. Certains pays ont clairement indiqué que la livraison aurait lieu en Pologne, à proximité de la frontière. Mais ces équipements militaires doivent ensuite être acheminés à travers l’Ukraine sans pouvoir passer par les airs ou par les eaux. Certains observateurs soulignent aussi la diversité du matériel acheminé et la difficulté pour les forces ukrainiennes de les utiliser sans formation adéquate.

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