Les écoles du Conseil scolaire catholique Providence ont détruit près de 5000 livres jeunesse évoquant les peuples autochtones au Canada. Selon Radio-Canada, qui révèle l’information ce mardi 7 septembre, ce groupement d’écoles, qui regroupe 30 établissements francophones du sud-ouest de la province de l’Ontario, a éliminé ces ouvrages dans une démarche «de réconciliation avec les Premières Nations». Le groupement scolaire accueille plus de 10 000 élèves.

En 2019, une trentaine d’ouvrages bannis des bibliothèques de ces écoles ont été brûlés et les cendres ont servi d’engrais à un arbre planté pour transformer «le négatif en positif». «Nous enterrons les cendres du racisme, de la discrimination et des stéréotypes dans l’espoir que nous grandirons dans un pays inclusif où tous pourront vivre en prospérité et en sécurité», explique une vidéo destinée aux élèves. D’autres cérémonies du même genre auraient dû avoir lieu, mais elles ont été reportées à cause de la pandémie de Covid-19.

Tintin, Lucky Luke et Astérix bannis

Tous ces ouvrages ne sont pas destinés à être brûlés, même s’il s’agissait de l’idée initiale. La majorité d’entre eux ont été recyclés ou doivent l’être, précise une porte-parole du Conseil scolaire catholique Providence au média canadien. Cette dernière précise que les ouvrages retirés des bibliothèques comportaient «un contenu désuet et inapproprié».

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Parmi les livres bannis des rayons, des bandes dessinées comme certains tomes de Tintin (Tintin en Amérique, Le temple du soleil), de Lucky Luke ou encore Astérix et les Indiens. Des ouvrages encyclopédiques sur les populations autochtones font aussi partie de ce tri. Au total, 155 œuvres différentes ont été retirées, 152 ont été autorisées à rester en place et 193 sont en évaluation actuellement. En tout, 4716 livres ont été retirés des bibliothèques du Conseil scolaire, dans 30 écoles, soit une moyenne de 157 livres par école.

Dans un document que s’est procuré Radio-Canada, les raisons du retrait de ces ouvrages sont détaillées. Par exemple, pour Tintin en Amérique, paru en 1932, le Conseil scolaire estime que cette bande dessinée contient «un langage non acceptable», des «informations erronées», une «présentation négative des peuples autochtones» et une «représentation fautive des autochtones dans les dessins».

«Une censure» selon les auteurs bannis

Pour sélectionner les ouvrages à retirer, les écoles se sont appuyées sur un comité composé de plusieurs personnes, dont Suzy Kies, à l’origine de la vidéo présentant la démarche aux élèves. Cette dernière est présentée comme une «gardienne du savoir» autochtone, et est aussi coprésidente de la Commission des peuples autochtones du Parti libéral du Canada, celui du premier ministre Justin Trudeau, depuis 2016.

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Si certains de ces livres sont datés, des ouvrages récents ont aussi été retirés. Aucun des auteurs joints par Radio-Canada n’a été mis au courant de cette mesure et certains dénoncent une censure. Interrogé par le média canadien, le philosophe spécialiste de l’éducation Normand Baillargeon estime «que le moment est venu de repenser ce que l’on enseigne sur l’Histoire autochtone, c’est normal et sain», mais «que l’on brûle des livres me semble extrêmement troublant, ça a des relents historiques que je n’aime pas du tout.»

Pour sa part, le ministère de l’Education de l’Ontario précise qu’il revient à chaque conseil scolaire de choisir les livres présents dans ses bibliothèques. Il a aussi réfuté toute participation de ses membres au comité mis en place par le Conseil scolaire catholique Providence.