Pour Donald Trump, la claque commence à faire mal. Une des promesses phares de sa campagne, abroger l’Obamacare et la remplacer par une nouvelle réforme de l’assurance maladie, semble être frappée d’une malédiction: impossible de la concrétiser. Après un premier échec devant le Sénat, le deuxième s’est imposé lundi soir. La raison? Toujours aucune majorité qui ne se dessine. Avec la décision de deux élus conservateurs de basculer dans le camp du non, ce sont au final 52 sénateurs républicains qui se sont déclarés opposés au projet élaboré par leurs chefs dans les deux Chambres, Paul Ryan et Mitch McConnell. Après des mois de psychodrames et de tractations, dont un dîner organisé lundi soir en catimini à la Maison-Blanche, c’est tout le plan, déjà remanié maintes fois, qui est jeté à l’eau. Les républicains ont torpillé leur propre projet; les démocrates jubilent.

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Fâché et rendu nerveux par la tournure des événements, Donald Trump a rapidement réagi sur Twitter. Pour lui, l’Obamacare (Affordable Care Act) doit rapidement être abrogée, pour «repartir de zéro» avec un nouveau plan, susceptible de convaincre les démocrates.

L’affaire, à rebondissements multiples, devient ubuesque. Elle révèle un parti déchiré, dans l’incapacité de s’entendre sur un dossier clé qu’il revendique depuis sept ans alors qu’il est majoritaire dans les deux Chambres. En dévoilant ses divisions internes, il affaiblit par ricochet un président qui l’est déjà, empêtré notamment dans l'«affaire russe». Avant d’arriver à ce nouvel échec, les républicains avaient déjà mis beaucoup d’eau dans leur vin, allant jusqu’à proposer de n’annuler que certains éléments de l’Obamacare. Peine perdue. Toujours sur Twitter, le président américain fustige les démocrates, les rendant responsables de ce nouveau revers.

Un parti déchiré

La semaine dernière, le Congrès avait décidé de repousser ses vacances de trois semaines pour boucler certains dossiers, dont le «Trumpcare». Mais le week-end dernier, l’annonce de l’opération du sénateur républicain John McCain – un caillot de sang à retirer au-dessus de son œil gauche – avait déjà compromis le vote prévu cette semaine. L’épreuve de la calculatrice a permis lundi soir de comprendre qu’avec ou sans lui la majorité – 50 voix requises – ne serait de toute manière pas atteinte.

A la Chambre des représentants déjà, le chef des républicains, Paul Ryan, avait décidé de repousser un premier vote pour éviter un échec cuisant. Un projet a finalement été adopté en mai, à une très faible majorité de 217 voix contre 213, jetant une lumière crue sur la guerre intestine du parti. Les plus modérés craignent que l’abrogation de l’Obamacare pénalise les plus précaires. Tout à la droite du parti, le Freedom Caucus, composé d’ultraconservateurs – des héritiers du Tea Party –, estime que le plan républicain n’est qu’un «Obamacare light» et ne va pas assez loin dans le désengagement de l’Etat fédéral.

Concrètement, avec l’Obamacare promulguée en 2010, la proportion des Américains sans assurance est tombée de 16% à 8,9% entre 2010 et 2016. Le «Trumpcare» entend notamment supprimer l’obligation universelle de s’assurer. Selon le Bureau du budget du Congrès, 24 millions d’Américains supplémentaires pourraient, d’ici à 2026, être écartés du système de santé avec le projet des républicains dans sa version la plus dure. Un récent sondage du Washington Post vient de révéler que plus de la moitié des Américains préfèrent l’Obamacare au projet républicain, qui n’est plus crédité que de 24% d’avis favorables.

Réforme fiscale et financement du mur en attente

Pour le président américain, la réforme de la santé devient un boulet. Elle l’est d’autant plus qu’il ne s’agit pas de l’unique dossier qui peine à se concrétiser. Sa grande réforme fiscale, qu’il espérait dans un premier temps présenter au Congrès avant l’été, est toujours attendue, alors que l’on se rapproche des élections de mi-mandat, prévues le 6 novembre 2018.

Autre promesse phare pour laquelle Donald Trump est en difficulté: la construction d’un mur «beau et fort» entre les Etats-Unis et le Mexique. Là aussi, le président américain, qui espère au final présenter la facture à son homologue mexicain, doit revoir ses ambitions à la baisse. Le Congrès pourrait accepter de débloquer prochainement la somme de 1,6 milliard de dollars, notamment pour renforcer la surveillance technologique. Une somme bien loin des 12 milliards nécessaires estimés par Donald Trump et des 21 milliards mentionnés dans une étude commandée par le Congrès.