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«Le lobby du pétrole pèse très lourd à Washington»

De nombreux groupes de pression pèsent sur les négociations à Copenphague, à commencer par celui de l’or noir. Interview

Les chefs d’Etat et de gouvernement présents à Copenhague ont tous à gérer chez eux la pression de différents lobbys. Des lobbys qui peuvent à certains moments peser d’un poids très lourd sur les négociations. Steve Kretzmann, directeur exécutif de l’organisation non gouvernementale Oil Change International, décrit l’un des plus puissants d’entre eux: celui des grandes compagnies pétrolières américaines.

Le Temps: Quel objectif s’est fixé votre organisation?

Steve Kretzmann: Oil Change International s’est fixé pour but de séparer le pétrole et l’Etat sur le territoire américain. L’industrie pétrolière exerce une très grosse influence sur la vie politique à Washington. De chaque million de dollars investi au Congrès elle retire 60 millions. Et cette situation est très dommageable pour mon pays. Nous luttons par conséquent contre cette influence par divers moyens, en exposant ce travail d’influence au grand public et en tentant de dissuader les politiciens d’entrer dans ce jeu.

– Les compagnies pétrolières sont peu visibles à Copenhague, contrairement à d’autres lobbys…

– Effectivement, elles n’ont délégué ici que du personnel de niveau modeste. Elles n’ont pas besoin de participer au show. Leurs dirigeants ont leurs entrées au plus haut niveau du pouvoir américain, au Congrès, dans les ministères, à la Maison-Blanche. Quand les négociateurs américains avancent des propositions précises, vous pouvez être sûrs qu’elles ont été discutées au préalable avec ces milieux.

– Que représente la Conférence de Copenhague pour cette industrie?

– Les compagnies pétrolières suivent évidemment avec une extrême attention les débats concernant le climat. Elles montrent de l’intérêt pour certaines activités liées à la lutte contre le réchauffement, pour le marché des émissions et les techniques de capture du carbone par exemple. Mais si l’humanité a tout avantage à passer rapidement d’une économie basée sur les énergies fossiles à une économie verte, ce n’est pas leur cas.

– Pourquoi les nouvelles énergies ne les intéressent-elles pas plus?

– Pour une question de profit. Ces sociétés n’attendent pas du tout de l’économie verte les bénéfices qu’elles retirent aujourd’hui des combustibles fossiles. Elles se sont arrangées par conséquent pour avoir deux fers au feu. Tout en se préparant à investir dans de nouveaux secteurs, elles continuent à miser beaucoup sur le pétrole. Et freinent le changement des quatre fers.

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