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L’obscurantisme ravage Tombouctou

La destruction de bâtiments religieux musulmans par les islamistes se poursuit dans la ville du nord du Mali. A Gao, pour empêcher les habitants de fuir, ils ont miné les abords de la ville

La porte sacrée de la mosquée Sidi Yiahia devait rester fermée jusqu’à la fin du monde. Et depuis le XVe siècle, personne n’avait osé transgresser cet interdit. Mais lundi, les islamistes qui contrôlent Tombouctou au nord du Mali n’ont, eux, pas hésité à briser cette porte à coups de pioches, emportés par la même folie destructrice qui les avaient poussés au cours du week-end à détruire sept des seize mausolées de la ville, dédiés aux saints qui ont contribué au rayonnement de la cité historique, classée au patrimoine de l’Unesco en 1988.

Depuis trois jours, chaque destruction orchestrée par les islamistes a suscité des réactions indignées aussi bien au Mali, pays coupé en deux depuis fin mars qu’à l’étranger. Dimanche soir, avant même la démolition de la porte sacrée, Fatou Bensouda, procureur de la Cour pénale internationale (CPI), a menacé de considérer la destruction des mausolées comme un «crime de guerre» et de poursuivre alors les responsables devant la justice internationale. «Le crime de Tombouctou», a également été dénoncé par l’association des leaders religieux du Mali, ainsi que par l’Organisation de coopération islamique (OCI).

Mais l’ampleur de ces réactions scandalisées n’a visiblement pas troublé les combattants d’Ansar Eddine (Défenseur de l’islam) qui tiennent la ville depuis le 1er avril. En s’attaquant à la porte sacrée de la mosquée Sidi Yiahia, ils ont même franchi une nouvelle étape. Construite vers 1400, c’est en effet l’une des trois plus illustres mosquées de la ville. Elle avait été érigée pour annoncer la venue d’un saint homme, lequel prendra les traits, quarante ans plus tard, de Cherif Sidi Yahia qui en devint l’imam. Elle sera ensuite restaurée au XVIe siècle et reste considérée comme l’un des symboles de l’âge d’or de Tombouctou. Or ce sont précisément ces symboles que les nouveaux maîtres de la ville veulent effacer, justifiant leurs premières destructions en réaction à la décision jeudi de l’Unesco d’inscrire Tombouctou sur la liste du patrimoine en péril.

Longtemps considéré comme un pays d’islam tolérant, le Mali est en train de voir sa partie nord sombrer dans l’obscurantisme pour la première fois de sa longue histoire et menacée de se transformer en Afghanistan du Sahel. Une crainte qui s’est renforcée ces jours-ci avec la déroute des indépendantistes touareg du Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA) désormais évincés de toutes les villes du nord du Mali. Alors que le MNLA avait initié la conquête du nord dès janvier, le mouvement semble aujourd’hui totalement marginalisé par des groupes islamiques qui, eux, ne cherchent pas l’autonomie de cette région grande comme deux fois la France, mais veulent avant tout créer un Etat régi par la charia.

A Tombouctou, c’est déjà la règle. L’alcool y est interdit, de même que les cigarettes, les femmes sont voilées et l’adultère est passible de cent coups de fouet: le 20 juin, un jeune couple coupable d’avoir eu un enfant hors mariage a été ainsi été conduit sur la grande place de Tombouctou. Puis l’un après l’autre, le visage recouvert d’un voile, les deux jeunes gens ont été violemment fouettés par plusieurs hommes barbus, sous les yeux d’une foule immense.

La semaine dernière pourtant, Iyad el Ghali, le chef d’Ansar Eddine, avait semblé faire une concession en affirmant que la charia ne serait appliquée qu’après référendum. Mais jeudi, ce Touareg qui fut proche de la mouvance indépendantiste dans les années 1990, a débarqué à Gao, la plus grande ville du nord du Mali d’où le MNLA venait d’être chassé. L’arrivée d’Iyad el Ghali, aussitôt après la bataille, laisse penser qu’Ansar Eddine pourrait renforcer ses liens avec un autre groupe islamiste, le Mujao (Mouvement pour l’unicité et le djihad en Afrique de l’Ouest) bien plus radical, né d’une scission d’Al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI) qui détient toujours six otages français. Si le business des otages a été quelque peu freiné par le grand remue-ménage en cours dans le nord, AQMI n’a pas déserté une zone transformée en un gigantesque no man’s land où dans l’immédiat le pouvoir central a totalement perdu la main.

Bamako, la capitale, semble toujours paralysée par les effets du putsch du 22 mars, la junte n’ayant en réalité jamais totalement désarmé. Quant au président par intérim violemment molesté au sein même du Palais présidentiel, lors d’une manifestation qui a mal tourné, il est toujours soigné à Paris. Face à l’impuissance de Bamako et à l’attentisme du reste du monde, qui empêchera les islamistes de procéder à de nouvelles destructions? A Gao, le Mujao, qui s’est rapproché d’AQMI, a pris des précautions: pour éviter que les habitants soient tentés de fuir, les islamistes ont miné les abords de la ville.

Ansar Eddine pourrait renforcer ses liens avec un autre groupe islamiste, le Mujao, bien plus radical

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