Le visage émacié, un masque à oxygène collé sur la bouche, inconscient: Abdelbaset Ali al-Megrahi est apparu mourant, sur des images diffusées par CNN à Tripoli. Le seul homme condamné pour l’attentat de Lockerbie (270 morts), libéré d’une prison écossaise pour «compassion» voilà deux ans, est «à la porte de la mort», selon le reporter de CNN. Le fils de Megrahi ajoute qu’aucun médecin n’est désormais à ses côtés, et sa famille se contente de lui donner de l’oxygène et une intraveineuse pour le nourrir. Il est la plupart du temps dans un état comateux.

Ces images ont relancé la polémique autour de cet homme, condamné pour l’attentat contre le Boeing 747 de la PanAm en 1988 – de sérieux doutes sur sa culpabilité existent toutefois. Sa libération en 2009 par les autorités écossaises parce qu’il était prétendument en phase terminale d’un cancer de la prostate avait provoqué la colère des Etats-Unis, qui voulaient son extradition. Cela avait également plongé Londres dans l’embarras, d’autant que Mouammar Kadhafi ne s’était pas privé d’utiliser cette libération pour sa propagande. Sur sa chaise roulante, Al-Megrahi participait encore en juillet à une manifestation de soutien orchestrée.

Avec la libération de Tripoli par les forces rebelles, les anciens contentieux entre l’Occident et le régime de Kadhafi refont surface. L’affaire Al-Megrahi en particulier fait figure de test pour le Conseil national de transition (CNT). John Bolton, ancien ambassadeur américain auprès des Nations unies, un ultraconservateur, met la pression. «Pour moi, [l’extradition ou non de Megrahi] sera un signal du sérieux avec lequel le gouvernement rebelle entend avoir de bonnes relations avec les Etats-Unis et l’Occident, a-t-il expliqué à la BBC. Il a tué 270 personnes. Il a passé dix années en prison. […] Calculez: cela fait environ deux semaines par personne qu’il a tuée. Ce n’est vraiment pas assez.»

Alors que les combats continuent et que l’urgence est de rétablir l’eau et l’électricité, le CNT réplique qu’il n’a pas l’intention de s’occuper de cette affaire immédiatement. «Nous sommes occupés à essayer de libérer la Libye et n’avons pas de mandat pour nous occuper du sort de Megrahi. Ce sera la responsabilité du prochain gouvernement officiel libyen, quand celui-ci sera formé», affirme Mohammed al-Alagi, ministre de la Justice du CNT.

Une autre affaire

L’affaire Megrahi n’est cependant pas la seule à ressurgir. Celle d’Yvonne Fletcher est également revenue à l’avant-plan. Cette policière britannique avait été tuée en 1984 au centre de Londres d’une balle venant de l’ambassade de Libye, alors qu’elle encadrait une manifestation anti-Kadhafi. Le meurtrier, non identifié, avait pu rentrer en Libye avec tous les membres de l’ambassade, en utilisant l’immunité diplomatique. Mais le Daily Telegraph – qui a eu accès à un dossier de Scotland Yard – a révélé le nom d’un suspect: Abdulmagid Salah Ameri, qualifié de diplomate «junior» au moment des faits. Le chef de la diplomatie, William Hague, demande au CNT de «coopérer pleinement» dans cette affaire. Mais les autorités de transition répliquent là encore par la fermeté. «La Libye n’a jamais extradé ses citoyens dans un pays étranger et nous allons maintenir ce principe», affirme au Daily Mirror Hassan al-Sagheer, un autre membre du CNT. Pourtant, ces deux affaires risquent de continuer à empoisonner le nouveau régime tant qu’il ne coopérera pas pleinement.