Les apôtres de la paix ont subi une cruelle désillusion, jeudi en Colombie, moins de vingt-quatre heures après le report au 20 juillet de l'ouverture formelle de négociations entre le gouvernement et la guérilla des Farc (Forces armées révolutionnaires, marxistes). Loin d'émettre les signaux de bonne volonté espérés en vain depuis près d'un an (trêve, cessez-le-feu, libération d'otages), la guérilla a au contraire lancé une meurtrière offensive aux portes de la capitale, Bogota, jusqu'à présent épargnée par les combats. Selon des bilans officieux, cette attaque a fait 48 morts et plusieurs blessés dans les rangs de l'armée colombienne.

Quelque 500 combattants, sous les ordres du «comandante Nelson Robles», ont attaqué à l'aube une unité anti-guérilla cantonnée sur une colline près du village de Gutierrez, à 15 km des faubourgs sud de Bogota. Après avoir pris la garnison sous le feu de roquettes et de mortiers artisanaux qui lancent, en guise d'obus, des bonbonnes de gaz, les assaillants se sont emparés de ses postes avancés, mais ils ont échoué à investir la garnison. Ils se sont alors retirés en bon ordre en milieu de journée, emportant leurs morts et leurs blessés sur des civières, afin d'éviter le contact avec de puissants renforts envoyés de la capitale. Le mauvais temps et la nature très accidentée du terrain ont empêché l'aviation d'intervenir efficacement.

De source militaire, ces forces rebelles provenaient de la région de La Uribe, à 150 km de là, la municipalité où devraient prochainement débuter les pourparlers de paix. Cette allégation renforce le chœur des sceptiques qui ne croient pas en la volonté pacifique de la guérilla. Celle-ci, estiment-ils, profite au contraire des concessions du gouvernement pour renforcer ses positions, notamment dans le territoire, vaste comme la Suisse, que le président Pastrana a démilitarisé depuis le 7 novembre dernier.

Les affrontements de Gutierrez constituent le troisième camouflet d'envergure infligé à l'armée depuis le début de l'année. Les Farc viennent ainsi de prouver leur capacité d'intervention aux abords même de la capitale, jusqu'à présent épargnée. Les observateurs se divisent sur le déchiffrage du «message» ainsi délivré. Pour certains, la guérilla a entrepris d'«urbaniser» sa lutte et menace Bogota. Pour d'autres, elle veut démontrer que la seule issue possible à la guerre civile réside dans la négociation, alors que, devant la lenteur et la stérilité des pourparlers engagés, beaucoup reprochent au gouvernement son laxisme et préconisent une solution militaire.