Yémen

L’offensive humanitaire de l’Arabie saoudite

Alors qu’elle bombarde le Yémen, la monarchie saoudienne a promis de financer toutes les opérations humanitaires de l’ONU chez son voisin. Le CICR décrit une situation catastrophique

Après les raids, Riyad ouvre son porte-monnaie

En début d’année, les organisations humanitaires se demandaient quelle nouvelle crise leur exploserait à la figure en plus de la Syrie ou de l’Ukraine. Réponse: le Yémen. La bonne nouvelle, c’est que les appels de l’ONU ont été entendus. Alors qu’elle bombarde son voisin d’une main, la monarchie saoudienne va ouvrir son porte-monnaie de l’autre. Le nouveau roi Salman a promis qu’il réglerait les 274 millions de dollars réclamés par l’ONU pour couvrir ses opérations au Yémen ces trois prochains mois.

En attendant, la situation s’aggrave de jour en jour, a prévenu mercredi Robert Mardini, le chef des opérations du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) au Moyen-Orient, revenu d’une mission sur place. L’annonce mardi de la fin de la campagne de raids aériens saoudiens contre les rebelles houthistes, si elle se confirme, est «une lueur d’espoir mais ne résout rien», a-t-il dit.

Rues jonchées de cadavres

«Dans le port d’Aden, dans le sud du pays, les chirurgiens du CICR ont passé les derniers jours terrés dans une cave à cause des violents combats. Ils n’ont pu en ressortir que mardi après-midi à la faveur de l’accalmie. Des dizaines de blessés avaient un besoin vital d’être opérés», témoigne Robert Mardini. Les combats font en moyenne 50 morts par jour et 200 blessés, selon l’ONU. «Ces chiffres sont sous-estimés», avance le responsable du CICR. A Aden, «des dizaines de cadavres jonchaient les rues» et dans la capitale Sanaa, une seule frappe aérienne lundi a fait «au moins une cinquantaine de morts».

Les bombardements sur les grandes villes ont créé d’énormes pénuries. «Le pays vit sur ses réserves alimentaires. A Sanaa, il n’y a plus d’électricité et donc d’approvisionnement en eau depuis une semaine», raconte Robert Mardini. Le CICR est l’une des rares organisations humanitaires à avoir des expatriés encore sur place, une quarantaine en plus des 230 employés yéménites. L’ONU, elle, a évacué l’ensemble de son personnel étranger. Le CICR vient de réclamer une rallonge budgétaire de 15 millions pour le Yémen. L’organisation humanitaire est ouverte à tous les financements, y compris saoudiens, mais en veillant à «préserver une diversité», explique Robert Mardini. «Il faut que les belligérants continuent à nous considérer comme neutres et impartiaux.»

Une crise jusqu’ici oubliée

Porte-parole du bureau de coordination des affaires humanitaires de l’ONU, Jens Laerke souligne que l’Arabie saoudite n’a mis «aucune condition» à son don exceptionnel. Et que l’ONU aurait tort de faire la fine bouche, ses opérations au Yémen étant jusqu’ici «financées à hauteur de 10%».

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