L’offensive lancée sur Tikrit se heurte aux snipers

Irak Au deuxième jour de l’opération, les forces de Bagdad ralentissent

Les populations locales craignentdes représailles

Les troupes irakiennes avancent sur Tikrit, dans ce qui est décrit comme la plus grande offensive contre les djihadistes de l’Etat islamique (EI) depuis que ces derniers ont conquis une partie substantielle du nord de l’Irak, de Mossoul aux environs de Bagdad, en juin 2014. Selon le Département de la défense irakien, 27 000 hommes participent à l’opération, mais tous n’appartiennent pas à l’armée régulière, aux côtés de laquelle combattent aussi les milices chiites irakiennes et des supplétifs iraniens. Au deuxième jour de cette campagne sans précédent, les forces fidèles à Bagdad ont rencontré leurs premières difficultés.

La reconquête de Tikrit serait une immense victoire pour Bagdad et marquerait un tournant dans la guerre contre l’EI car, pour l’instant, les troupes irakiennes appuyées par la coalition internationale ont réussi à stopper l’EI, elles ont même repris des localités et des campagnes arides aux djihadistes, mais ne sont pas parvenues à capturer une ville importante. Les trois grandes villes arabes sunnites d’Irak – Mossoul, Tikrit et Falloujah – restent aux mains de l’EI. La prise de Tikrit aurait aussi valeur de symbole: la ville natale de feu Saddam Hussein est un haut lieu de la contestation contre le gouvernement accusé de favoriser les régions chiites. Avant même l’arrivée des djihadistes, le vent de la révolte soufflait sur Tikrit. Il est peu probable que les forces gouvernementales et les milices chiites y soient accueillies en libérateurs.

L’attaque a été minutieusement préparée: troupes au sol, collaboration entre milices, concertation avec la coalition internationale dont les drones survolent la région. Toutefois, les avions de la coalition n’ont pas directement participé à l’offensive lancée lundi matin. La force de frappe est avant tout constituée par les milices chiites, explique Myriam Benraad, spécialiste de l’Irak, chercheuse associée au Centres d’études et de recherches internationales (CERI-Sciences Po): «L’armée régulière reste désorganisée et la corruption la gangrène, même si, sous la férule des formateurs iraniens, elle progresse. En revanche, les milices chiites, surarmées par Téhéran, aguerries et motivées, sont le fer de lance de l’opération. Notamment, la milice chiite Badr, dirigée par Hadi al-Ameri, est aux avant-postes.»

Pourtant mardi, l’offensive a buté sur les tireurs embusqués et les bombes de l’EI, dont les combattants sont rompus à la guérilla urbaine. L’offensive vise à encercler Tikrit, par l’est et le nord, via Al-Alam, et surtout par le sud via Al-Dour, une localité à une centaine de kilomètres de Bagdad. C’est là que les djihadistes retranchés ont stoppé la progression des forces gouvernementales.

Dès dimanche, en annonçant l’offensive, le premier ministre irakien Haider al-Abadi a appelé ses forces à épargner les civils, cherchant ainsi à rassurer les habitants de Tikrit, qui craignent d’être victimes de représailles de la part des miliciens chiites à la solde du gouvernement, explique Myriam Benraad: «Lors de leur offensive dans la province de Diyala, les milices chiites se sont rendues coupables d’exactions, que Bagdad a tenté d’étouffer. A Tikrit, les populations sont ainsi partagées entre le désir d’être débarrassées de l’EI et la peur des forces gouvernementales».

Les djihadistes jouent sur les sentiments confessionnels et menacent les habitants, analyse Myriam Benraad: «Bagdad doit éviter de s’aliéner définitivement les sunnites de la province de Salaheddine dont Tikrit est le chef-lieu. Le gouvernement doit donc s’appuyer sur des leaders sunnites locaux, faute de quoi son autorité ne sera pas acceptée.»

Les forces gouvernementales ne seront pas accueillies en libérateurs