L’offre des autorités fâche les étudiants hongkongais

Chine Après trois semaines de crise, l’exécutif a débattu avec les pro-démocratie durant deux heures

Il y avait d’abord la salle, aux murs blancs et à la table de bois clair en U à angles droits. Puis les tenues: à droite, complets sobres; à gauche, t-shirts noirs barrés de deux mots en vert vif: «Freedom Now!» Et enfin les arguments, envoyés d’un côté à l’autre pendant deux heures.

Cela fait un peu plus de trois semaines que Hongkong vit au rythme des plus grandes manifestations connues depuis son retour à la Chine, en 1997. Mardi soir, pour la première fois, les étudiants ont pu rencontrer les représentants du gouvernement. Et défendre leurs ambitions démocratiques pour l’élection du futur chef de l’exécutif, en 2017. Rendu public le 31 août, le cadre électoral défini par l’Assemblée populaire de Chine permet à Pékin, grâce à un comité de nomination acquis à sa cause, de choisir les deux ou trois candidats qui seront soumis au suffrage universel. Un scrutin qui n’a rien d’une vraie démocratie, selon les Hongkongais qui continuent, malgré les actions de la police, d’occuper les rues de trois quartiers de la mégalopole.

«Rester dans le cadre défini par Pékin»

Les modalités du débat avaient été réglées à la minute près. Le lieu choisi à l’écart des points d’occupation, de l’autre côté de l’île. Mais tout était retransmis en direct sur de grands écrans. La foule s’était donc de nouveau massée, assise sur les doubles pistes où circulent en temps normal bus à deux niveaux ou taxis rouge et blanc.

Carrie Lam fut la première, et la dernière à prendre la parole, martelant un seul et même message. «Le gouvernement respecte les aspirations des étudiants qui souhaitent construire un avenir meilleur, démocratique, a déclaré la numéro deux de l’exécutif. Mais nous ne pouvons enfreindre la loi et devons rester dans le cadre défini par Pékin. Hongkong est une région administrative spéciale de la Chine, nous rendons donc aussi des comptes au gouvernement central.» Les représentants de l’exécutif ont eu beau appeler les étudiants par leur prénom, et ainsi tenter de créer une sorte de connivence, ces derniers sont restés de marbre. «Vous devriez savoir que votre rapport a tué notre futur, tué la démocratie pour trente ans, voilà pourquoi nous sommes là!» s’est exclamé Lester Shum, le secrétaire général adjoint de la Fédération des étudiants, en référence au document remis par Hongkong à Pékin, et qui a servi de base pour définir le mode électoral aujour­d’hui critiqué. Nombre de commentateurs estiment que le gouverneur C. Y. Leung est allé au-devant de ce que le gouvernement central attendait.

Dans la foule, les étudiants sont acclamés. Carrie Lam et ses collègues régulièrement hués. «Nous sommes là depuis une heure quarante-cinq, et j’ai l’impression que [vous] ne nous écout[ez] pas, que vous n’êtes là que pour nous forcer d’accepter ce que nous ne voulons pas», a critiqué Lester Shum. Nouvelle salve d’applaudissements.

Propositions «vagues»

Au fil de la discussion, le gouvernement a tout de même avancé plusieurs idées pour sortir de cette impasse. En premier lieu, il estime qu’il existe des marges de manœuvre pour garantir une meilleure légitimité démocratique au comité de nomination. Deuxièmement, il a fait part de son «désir» d’écrire un rapport complémentaire pour alerter le gouvernement central sur la situation actuelle. Troisième point, Carrie Lam a répété que d’autres réformes démocratiques seront possibles pour l’élection suivante, en 2022.

De retour à Admiralty, face aux manifestants, les représentants ont balayé ces avances, les jugeant «vagues» et «sans calendrier précis». Assise dans l’espace «études», une lycéenne de 17 ans recharge son téléphone. «Carrie Lam n’a fait aucun pas en arrière, alors nous devons continuer», soupire-t-elle. Se relevant, la secrétaire d’une société d’import-export avoue qu’elle ne s’attendait «à rien». Elle reviendra, peut-être encore ce week-end, dormir sous une des quelque 400 tentes. Elle viendra aussi longtemps que «689 [surnom de C. Y. Leung en référence au nombre de voix qu’il avait reçues, le plus faible depuis la rétrocession, ndlr] n’aura pas trouvé l’issue.» A moins que la justice de Hongkong ne fasse vider les rues. Lundi, elle a ordonné aux manifestants de partir. La décision répondait à une plainte des chauffeurs de taxis. Les pro-démocratie ont déclaré être prêts à se faire arrêter, tout en doutant de l’application ­rapide de cette décision.