«Ce n’est pas du racisme, c’est de la justice. Les voir entrer dans un logement alors que nous, nous n’en avons pas, c’est dur à avaler», explique à l’AFP Enzo Morea, 26 ans, sans emploi. Avec son père, Adriano, lui aussi au chômage, le jeune homme habite depuis quelque mois un camping-car garé via Filottrano, à une quinzaine de kilomètres au nord-est du centre historique de la capitale.

Dans ce quartier populaire, où les terrains vagues s’intercalent entre les façades défraîchies, tous deux avaient auparavant occupé, sans autorisation, un appartement situé au 5e étage d’une HLM, au numéro 15 de la rue. «J’avais divorcé, perdu mon travail, je ne pouvais plus payer mon loyer alors, avec mon fils, on s’est installés là. Jusqu’au jour où on nous a expulsés.» «On est d’abord allés dans une cave, au pied de l’immeuble puis, avec un peu d’agent gagné au noir, j’ai acheté ce camping-car d’occasion», raconte-il.

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Une précarité qui explique, selon lui, pourquoi une trentaine de résidents du quartier se sont postés, mardi matin, devant l’immeuble pour empêcher une famille marocaine d’accéder à l’appartement du 5e, qui lui avait pourtant été attribué par les services sociaux de la ville.

Le ton monte, des propos racistes fusent, racontent à l’AFP des témoins de la scène: «Remontez sur vos canots pneumatiques, rentrez chez vous!» La famille marocaine, un couple et ses trois enfants de sept, cinq et un an, est encerclée par des habitants. Les enfants sont en pleurs et le père, incrédule, préfère renoncer à l’appartement… et au quartier.

«Une honte pour la ville»

Entre-temps la police municipale est arrivée sur les lieux, pour calmer les esprits. Les journalistes aussi sont venus et les images sont diffusées en boucle par les chaînes d’information en continu. «C’est une honte pour la ville et ses citoyens», a réagi la maire de Rome, Virginia Raggi (Mouvement 5 Etoiles, populiste), assurant que la municipalité «garantira la légalité et les droits des plus faibles».

Dans le quotidien «La Repubblica», mercredi, le père de famille marocain dit «comprendre» les raisons de ceux qui ont proféré des insultes mais aussi avoir du mal à «les expliquer aux enfants». «Nous avons fait une demande d’appartement dans les règles, nous étions sur une liste d’attente depuis 2011 et nous y avons droit», insiste ce quadragénaire, arrivé en Italie il y a dix ans, et qui travaille dans une entreprise d’échafaudages.

Adriano Morea assure qu’il avait, lui aussi, déposé une demande de logement, en 1991. «Mais après mon divorce, je ne m’en suis plus occupé et je ne sais pas ce qu’elle est devenue.»

Interrogés par l’AFP, certains habitants ont accusé la presse de donner une image «déformée» de leur quartier, de ne parler que du racisme ou du trafic de drogue «qui ne concerne qu’une minorité». «Nous ne sommes pas racistes, notre quartier est multiethnique depuis des décennies, mais il me semble plus juste que les logements vacants aillent d’abord aux Italiens», explique Simone Iacobini, qui est né et vit à San Basilio depuis 36 ans.

«La réaction des habitants est le signe d’une exaspération qu’on peut comprendre parce que les vrais problèmes, le chômage, la délinquance, les déchets dans les rues, ne sont pas réglés», a-t-il ajouté. Dernièrement, le quartier populaire de Tor Sapienza dans l’est de la ville éternelle s’est enflammé quand une jeune femme y résidant a raconté avoir été victime d’une tentative de viol par des «étrangers» ne parlant pas italien. Trois jours durant, les habitants avaient manifesté contre le centre d’accueil de demandeurs d’asile voisin.