Pour la cinquième journée consécutive, les armées éthiopienne et érythréenne se sont violemment affrontées mercredi. Le Conseil de sécurité des Nations unies devait adopter mercredi soir une résolution appelant au cessez-le-feu entre les parties et réclamant un embargo sur les armes à destination de ces deux pays.

Depuis neuf mois que cette guerre a été déclenchée, les frères ennemis de la Corne de l'Afrique n'ont pas attendu pour se réarmer. Leurs forces, estimées à moins de 100 000 hommes de chaque côté en mai 1998, date des premiers accrochages, ont maintenant triplé. Le matériel a été modernisé et les soldats entraînés, particulièrement dans l'aviation, où les deux camps ont acquis de nouveaux appareils.

Le dispositif est prêt. De chaque côté, perpétuant une habitude prise depuis mai, les deux capitales rivalisent de propagande pour dénoncer l'agression dont chacune s'estime victime. L'origine du conflit, un différend territorial pour quelques centaines de kilomètres carrés arides, n'est toujours pas élucidée. Le gouvernement érythréen clame toujours que ces terres lui appartiennent selon le tracé de la colonisation italienne. Mais les Ethiopiens, qui administraient ces régions depuis l'indépendance de l'Erythrée en 1993, exigent un retrait de l'armée ennemie préalablement à toute discussion. Asmara refuse, appelant en premier lieu à la mise en place d'observateurs internationaux et à une démarcation de la frontière, longue de 1000 kilomètres.

Le premier ministre éthiopien, Meles Zenawi 1, a reconnu la semaine dernière dans une interview accordée à l'AFP que des «divergences très sérieuses» existaient avant le conflit sur des questions aussi variées que le développement économique, la monnaie, le commerce, la politique étrangère et l'utilisation des ports (Massawa et Assab). Comme l'a montré un échange de lettres entre les responsables des deux pays en 1997, les Erythréens s'estimaient lésés depuis longtemps au point de vue territorial, mais les négociations n'ont mené à rien.

Addis-Abeba s'est vu confirmé dans sa position en juin par un plan de paix américano-rwandais soutenu par l'Organisation de l'unité africaine (OUA) qui demandait le retrait des troupes érythréennes. Mais l'Ethiopie a par ailleurs été davantage critiquée que sa voisine par les organisations de droits de l'homme pour la déportation inhumaine d'environ 50 000 ressortissants érythréens. Cette semaine, le président américain Bill Clinton a reproché à l'Ethiopie d'avoir rompu la première, samedi, le moratoire sur les attaques aériennes. Celle-ci dément, affirmant que l'Erythrée a bombardé vendredi la ville d'Adigrat. Le gouvernement éthiopien a également publié une réponse détaillée aux accusations d'Amnesty International, dressant la liste des violations qui aurait été commises par l'Erythrée contre des ressortissants éthiopiens.

Les deux pays que tout aurait dû rapprocher, leur culture commune et la longue lutte côte à côte de leurs dirigeants actuels contre l'ancien dictateur Mengistu Hailé Mariam, n'ont maintenant ensemble plus qu'une seule logique: celle de la guerre à tout prix.

Meles Zenawi est bien premier ministre et non président comme nous l'avions écrit dans notre article du 9 février.