Manuel Valls avait besoin d’un moment symbolique pour montrer qu’il est bien le patron de la majorité socialiste-radicale de gauche qui gouverne la France. Il l’a trouvé ce mardi, en décidant, contre toute attente, et avec le soutien de l’Elysée, d’engager la responsabilité de son gouvernement sur le projet de loi «Macron», du nom de son très social libéral ministre de l’économie, Emmanuel Macron.

Après trois semaines de débats laborieux, et des centaines d’amendements, ce texte destiné à entrouvrir quelques soupapes d’oxygène dans l’économie française anémiée (ouverture encadrée des magasins le dimanche, réforme des professions judiciaires réglementées…) risquait d’être voté ce soir à quelques voix de majorité seulement, du fait de l’opposition des «frondeurs» de l’aile gauche du PS, et des écologistes. Il n’en sera finalement rien. Son adoption sera automatique si la motion de censure aussitôt déposée par l’opposition est rejetée jeudi prochain.

Cette mesure d’autorité n’est pas surprenante de la part d’un Manuel Valls de plus en plus excédé par l’aile gauche de son parti, dirigée notamment par l’ancien ministre de l’éducation Benoît Hamon, qui avait démissionné à la fin août avec l’ancien ministre de l’économie, Arnaud Montebourg. Elle correspond aussi bien au tempérament fougueux du premier ministre Français qui, ces derniers jours, s’est distingué par plusieurs sorties sur le danger «islamo-fasciste», et par ses appels à redoubler d’intensité dans la lutte contre l’antisémitisme.

Aux côtés d’un François Hollande en mal chronique d’autorité – même si les tragiques événements récents, et son activisme diplomatique en Ukraine ont remis en selle le président Français – Manuel Valls s’est forgé depuis son arrivée à Matignon en avril 2014 une image de décideur prêt à passer en force. Le fait qu’il ait choisi de le faire ce mardi sur un texte économique démontre en plus l’attachement qu’il porte aux réformes. Comme s’il voulait montrer à l’opinion internationale, et à l’Europe en plein syndrome grec, que la France va changer, quoi qu’il en coûte.

La réalité politique est toutefois plus nuancée. Le populaire premier ministre français, 52 ans, sait que l’opposition de droite n’a pas actuellement les moyens de le renverser au parlement, même si l’ancien président Nicolas Sarkozy a aussitôt affirmé qu’il n’y a plus «ni majorité, ni gouvernement». Il faudrait une majorité absolue de 289 voix contre son gouvernement pour le faire chuter, soit la totalité des voix de droite plus celles des Verts, des communistes et des radicaux de gauche membres de la majorité, ce qui est impensable.

C’est donc une démonstration d’autorité calculée à laquelle s’est livré ce soir Manuel Valls, à trois mois du congrès du Parti socialiste prévu début juin à Poitiers, et à la moitié du mandat présidentiel de cinq ans de François Hollande, qui s’achèvera en mai 2017.

Le message est clair: ceux qui voteront jeudi contre lui et son gouvernement devront tirer, pour leur avenir, toutes les conséquences de ce que le premier ministre – dont les ambitions présidentielles ne sont pas un mystère – ne considère plus comme une fronde, mais comme une rupture.