Ils ont choisi le jour de son anniversaire pour le lui annoncer. Les procureurs du Parquet russe ont présenté lundi de nouvelles accusations contre l'oligarque déchu Mikhaïl Khodorkovski. Condamné pour fraude et évasion fiscale à 8ans de prison dont il a déjà purgé plus de la moitié, l'ex-patron de la compagnie pétrolière Yukos est désormais accusé d'avoir blanchi 28 milliards de dollars issus des revenus du pétrole entre 1998 et 2004. Mais aussi d'avoir volé 350 millions de tonnes d'or noir. Ces nouvelles accusations pourraient prolonger sa détention dans l'un des camps les plus sordides de Russie, à Krasnokamensk, en Sibérie, près de la frontière chinoise.

Pour Iouri Schmidt, l'un des avocats de l'oligarque, qui a fait fortune dans les années 1990 en rachetant dans des conditions peu claires et avec l'aide du président russe de l'époque, Boris Eltsine, la compagnie Yukos, la manière dont ce nouveau dossier va être traité aura valeur de test pour le nouveau maître du Kremlin. Dmitri Medvedev pourrait montrer sa volonté d'instaurer un système judiciaire indépendant. Mikhaïl Khodorkovski, qui avait soutenu Boris Eltsine, est un ennemi avéré du Kremlin depuis que l'actuel premier ministre et ex-président Vladimir Poutine avait décidé d'appliquer la «dictature du droit». Le groupe Yukos que l'oligarque de 45 ans possédait a été vendu aux enchères. La plus grande part de la société a été reprise par la compagnie pétrolière Rosneft, contrôlée par l'Etat russe.

Procès politique

Les avocats de Mikhaïl Khodorkovski estiment que les nouvelles charges présentées contre leur client ne sont qu'une réplique de celles dont il a déjà été accusé en 2005. Pour eux, les attaques du Parquet ne sont qu'une façon détournée de laisser croupir leur client dans le camp sibérien. Le journal Kommersant estime aussi que l'acte d'accusation présenté lundi est identique, à quelques nuances près, à celui d'il y a trois ans. Lors du premier procès de l'oligarque, plusieurs cours occidentales avaient manifesté leurs réserves en estimant qu'il était politiquement motivé. Elles ont pour la plupart refusé de coopérer avec les procureurs russes qui cherchaient une entraide judiciaire.

Si Dmitri Medvedev, ex-patron de Gazprom, ne s'est pas encore prononcé sur le cas Khodorkovski, Vladimir Poutine, lui, n'a pas hésité à déclarer, dans une récente interview, que l'oligarque ne méritait aucun traitement spécial.