Lundi, les avocats de Donald Trump ont tenté de démontrer que leur client était dans son bon droit quand il s'est inquiété d'une possible «corruption» des Biden en Ukraine. En revanche, ils se sont fait plus discrets sur un argument-phare du président: l'absence de «pression» sur Kiev ou de «donnant-donnant», fragilisée par les révélations explosives d'un ancien conseiller de la Maison Blanche.

«Le choix est clair: notre Constitution ou une dissimulation.» Pour Nancy Pelosi, leader de la majorité démocrate à la Chambre des représentants, les sénateurs républicains jouent plus que jamais à un vilain jeu en refusant d’auditionner des témoins clés au procès en destitution de Donald Trump. Car il en est un qui a des choses à dire: John Bolton.

Un nouveau vote

L’ancien conseiller à la stratégie nationale limogé par Donald Trump confirme que ce dernier a bien gelé une aide militaire de 391 millions de dollars à Kiev pour que le président ukrainien ouvre une enquête sur les Biden. C’est ce qu’il affirme dans un livre à paraître, relevait dimanche soir le New York Times. Cette révélation a immédiatement fait réagir. Car l'«affaire ukrainienne» est au cœur du procès en destitution, et c’est elle qui vaut désormais à Donald Trump d’être sous le coup de deux chefs d’accusation: «abus de pouvoir» et «entrave à la bonne marche du Congrès».

Adam Schiff, le procureur en chef du procès, a une nouvelle fois déploré l’obstruction de la Maison-Blanche. «Maintenant nous en voyons la raison: Bolton contredit directement le cœur de la défense du président», écrit-il sur Twitter. Au final, l’aide militaire a bel et bien été versée, et sans qu’une enquête soit ouverte sur les Biden. Mais pour les démocrates, cette confirmation de l’existence d’un chantage et de pressions exercées sur le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, les pousse à revendiquer une nouvelle fois l’audition de personnages clés. Un vote à majorité simple aura lieu cette semaine. Il suffirait que quatre sénateurs républicains votent avec eux pour que le vœu des démocrates soit exaucé.

Selon le New York Times, Donald Trump aurait lui-même directement confié à John Bolton vouloir geler cette aide tant que Kiev ne ferait pas un geste en vue d’une enquête sur les Biden. Le but était d’éclabousser la campagne de Joe Biden, candidat démocrate en tête des sondages dans la course à la Maison-Blanche, en s’en prenant à son fils, Hunter Biden, qui a siégé au sein du conseil d’administration d’un groupe gazier ukrainien. Cette confirmation est potentiellement explosive. Les avocats de Donald Trump ont toujours affirmé que le versement de cette aide n’était pas conditionné. Lundi, c’est le président lui-même qui a réagi sur Twitter, accusant John Bolton de mentir pour vendre son livre. «JE N’AI JAMAIS dit à John Bolton que l’aide à l’Ukraine était liée à des enquêtes sur des démocrates, dont les Biden», écrit-il. «Il ne s’en est d’ailleurs jamais plaint au moment de son limogeage très médiatisé.» La partie de poker menteur reprend de plus belle.

«Débarrassez-vous d’elle!»

Récemment, c’est Lev Parnas, associé de Rudy Giuliani, l’avocat de Donald Trump, qui s’est mis à table. Il a d’abord assuré que le président américain était «au courant» de tous les moyens de pression exercés par son équipe. Une vidéo diffusée ce week-end montre ensuite clairement la séquence où Donald Trump, lors d’un dîner avec des donateurs en avril 2018, déclare qu’il faut «se débarrasser» de l’ambassadrice américaine en Ukraine, limogée depuis. «Débarrassez-vous d’elle! Mettez-la dehors demain. Je m’en fiche. Mettez-la dehors demain. D’accord? Faites-le», l’entend-on dire. Marie Yovanovitch est un personnage central de l’affaire.

Le procès en destitution entre dans sa deuxième semaine au Sénat et pourrait se terminer très vite. Donald Trump sera probablement acquitté, malgré les derniers développements. Car le Sénat dispose de 53 sénateurs républicains sur 100. Or il faudrait deux tiers des voix pour renverser le président américain.