International

Dans l’ombre du football, la France des quartiers s’enflamme

Une quarantaine de voitures brûlées, plusieurs commissariats attaqués en banlieue parisienne, les marins-pompiers de Marseille molestés… La perspective de la finale de la Coupe d’Afrique des nations, Algérie-Sénégal, inquiète en France

Les marins-pompiers de Marseille ne sont pas les seuls, en France, à redouter la finale de la Coupe d’Afrique des nations de football qui opposera vendredi, à 21h, l’Algérie au Sénégal au stade international du Caire (Egypte). Après deux nuits de débordements et de violence, du côté de la cité phocéenne mais aussi des Champs-Elysées et de plusieurs villes de la banlieue parisienne, le risque d’une escalade en fin de semaine est pris très au sérieux, d’autant que la tension est remontée d’un cran, en marge du défilé militaire, du côté des «gilets jaunes» dans la capitale; 282 personnes ont été interpellées en France et d’importants moyens policiers ont été mis en œuvre après la découverte de ventes importantes d’acide chlorhydrique à Etampes, Montgeron ou Villabé dans l’Essonne, où la police redoute que des agitateurs préparent des bombes artisanales pour s’en prendre aux forces de l’ordre à l’issue du match.

Jets de cocktails Molotov

Que des violences de rue accompagnent, en France, les matches de l’équipe algérienne de football n’est pas une surprise. Lors de la Coupe du monde 2014 au Brésil, les quatre parties jouées par l’Algérie (éliminée en huitièmes de finale par l’Allemagne) avaient engendré des accès de violence urbaine dans plusieurs villes de l’Hexagone à forte population d’origine maghrébine. Le premier ministre d’alors, Manuel Valls, avait qualifié d’«insupportables» les agressions contre les policiers, le saccage de bâtiments et la destruction de mobilier urbain (près de 80 personnes interpellées), et affirmé «redouter» la perspective d’un France-Algérie en quarts de finale.

Un spectacle qui, à Marseille, avait ravivé le triste souvenir d’une soirée de match Egypte-Algérie en 2009: six embarcations amarrées dans le Vieux-Port avaient été incendiées par des jets de cocktails Molotov venant de prétendus supporters algériens. Idem en 2001, lorsqu’un match opposant les bleus aux Fennecs avait dû être interrompu à la 76e minute après l’envahissement de la pelouse par des supporters. Le spectacle de La Marseillaise copieusement sifflée avait alimenté la polémique.

Un bon prétexte pour les bandes mafieuses

Les chiffres, cette fois, sont déjà inquiétants. Une cinquantaine de voitures ont été incendiées dans la nuit de dimanche à lundi, et deux commissariats, aux Ulis et à Corbeil-Essonnes ont été attaqués. Dans ces deux villes, les pompiers ont dû intervenir une quarantaine de fois, accompagnés par des unités de police antiémeutes pour les protéger. L’Essonne, au sud de Paris, compte de nombreuses cités dotées de quartiers sensibles, comme Grigny, où des policiers avaient été pris pour cible lors d’une embuscade au cocktail Molotov en octobre 2016.

Très souvent, selon la police, les bandes mafieuses de banlieues, impliquées notamment dans le trafic de drogue, profitent de ces soirées de liesse pour semer la peur au sein des forces de sécurité. L’ampleur de la communauté algérienne en France n’est pas chiffrée, en raison de l’interdiction des statistiques «ethniques». Le chiffre le plus souvent cité, cumulant Français d’origine algérienne et immigrés, est d’environ 2,5 millions de personnes.

De nombreux élus des quartiers concernés et des responsables de cette communauté ont appelé au calme dimanche, sans succès. La mosquée Abou Bakr de Roubaix (Nord) y est même allée de son communiqué, enjoignant ses fidèles à «rester chez eux en cas de victoire de l’Algérie». «Vous devrez rendre des comptes à Allah pour tous ceux qui auront été dérangés par votre cause (bébés, personnes âgées, etc.), explique le texte. Si manifestation de joie il devait y avoir, ayez un minimum de civisme et de pudeur en ne vous en prenant pas aux forces de l’ordre, là pour assurer votre sécurité et non pas pour se faire insulter ou recevoir des projectiles, ni aux bâtiments publics et privés.»

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