Au lendemain du choc en Suède

L’ombre et la lumière d’Olof Palme assassiné

«Des louanges unanimes accompagneront, le 15 mars, le premier ministre suédois assassiné, Olof Palme, à sa dernière demeure. Il faut cependant reconnaître que cet homme d’Etat au-dessus du lot était également controversé.

Au bénéfice du premier ministre défunt figure l’imagerie romantique qu’il a construite avec un naturel incorrigiblement juvénile. Romantique, il l’était à la manière d’un Julien Sorel contemporain, pour avoir su donner à son ambition de pouvoir le plus seyant et le plus intelligent des vêtements. Le jeune Olof Palme avait épousé la social-démocratie, à l’instar du héros de Stendhal embrassant la prêtrise, comme le plus court chemin vers la réussite.

[…] De cette position de petit parmi les Grands, que lui réservait sa fonction de premier ministre de la Suède, il était farouchement décidé à faire un tremplin plutôt qu’un strapontin. Dans la société internationale, ce sont les petits Etats qui se font les avocats les plus véhéments du droit. Mais dans la tradition protestante de son pays, Palme ne se contentait pas de rappeler le droit. Il faisait passionnément la morale, aux Grands surtout, pour le compte des petits, des humbles et des victimes.

On peut discuter la valeur et l’efficacité d’une telle attitude. Elle lui valut beaucoup de critiques. Il reste que l’intensité de son engagement international […] ne manquait ni de panache ni de rayonnement.

Y a-t-il eu, au passif d’Olof Palme, ce que les Américains appellent une mollesse sur le communisme? Trois dossiers sont en cause. Le premier porte sur la guerre du Vietnam, au cours de laquelle il montra une extraordinaire hostilité à l’entreprise américaine. Rétrospectivement on dira: un extraordinaire aveuglement au poison totalitaire, qui mitonnait dans les cuisines de Hanoi. Olof Palme montra là les limites d’un regard purement moral sur le politique. Le second dossier est celui du désarmement en Europe. Autour de la commission qui porte son nom, tournent nombre de projets de dénucléarisation et de démilitarisation. Quels que soient leurs mérites, ces projets, par aversion de la dissuasion nucléaire, font la part trop belle à la partie soviétique.

Mais c’est sur le dossier des sous-marins soviétiques que la politique d’Olof Palme était la plus hasardeuse. L’apparition provocante et répétée de ces sous-marins dans les eaux territoriales suédoises, au cours des dernières années, pose un problème très délicat à une petite nation. Au cours des mois récents, Palme, à l’indignation de ses militaires et ses marins, avait donné l’impression de vouloir minimiser cette grave affaire. […]

Peut-être y eut-il donc en effet dans sa politique une sorte de point aveugle sur l’URSS, malgré le caractère insoupçonnable de son attachement à l’Occident et de son rejet du communisme. Mais cette faiblesse était d’autant plus attentivement observée au-dehors que la Suède est géographiquement proche de l’URSS.

Enfin, toute controverse de fond mise à part, la neutralité telle que la pratiquait Olof Palme invite la comparaison avec la Suisse. Bien sûr, une politique de neutralité suédoise omniprésente, brillante, engagée jusqu’aux frontières de la partialité, éminemment personnelle, et la disponibilité tout en effacement et en esprit de service de la Suisse n’ont pas grand-chose en commun. Tout au plus les deux modèles peuvent-ils se servir l’un à l’autre de contre-épreuve. […] »

« Rétrospectivement on dira: un extraordinaire aveuglement au poison totalitaire, qui mitonnait dans les cuisines de Hanoi »

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