Triomphant mais inquiet. Samedi, Bernie Sanders s'est retrouvé une nouvelle fois en tête des candidats démocrates, lors des primaires du Nevada, troisième Etat à voter. Il trône par ailleurs toujours à la première place des sondages nationaux, devant Joe Biden et Mike Bloomberg. Mais ces jours, une chose le préoccupe, et apporte un peu d'amertume à sa victoire: les rumeurs d'une nouvelle ingérence russe dans la campagne électorale.

Les Russes parlent de «paranoïa»

C'est dans une certaine confusion que l'ombre de Poutine plane à nouveau sur la présidentielle américaine. Le New York Times a d'abord relaté, jeudi, un épisode selon lequel les milieux du Renseignement américain ont fait part d'une ingérence russe aux membres d'une commission du Congrès le 13 février dernier, information censée rester confidentielle. Moscou chercherait une nouvelle fois à favoriser l'élection de Donald Trump. «Nous comptons sur les services de Renseignement pour informer le Congrès de toute menace d'ingérence étrangère dans nos élections. Si les informations sont vraies et que le président interfère avec cela, alors il est de nouveau en train de mettre en péril nos efforts visant à arrêter toute ingérence étrangère. Exactement comme nous avions prévenu qu'il le ferait», a tweeté l'élu démocrate Adam Schiff, qui était le procureur en chef du procès en destitution contre Donald Trump.

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Furieux que ses adversaires soient en mesure de faire usage de l'information, le président a très vite dénoncé une «mascarade» et une «campagne de désinformation» orchestrée par les démocrates. Mais il avait préalablement annoncé la nomination de l'actuel ambassadeur américain à Berlin, Richard Grenell, pour remplacer Joe Maguire, patron ad interim du Renseignement national, qui avait informé la commission. Ce dernier, mis à l'écart, n'avait d'autre solution que de démissionner. Le porte-parole du Kremlin a de son côté démenti les informations et accusé le Renseignement américain de «paranoïa».

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Puis, place à l'acte II. Cette fois, c'est le Washington Post qui fait savoir, vendredi, que des Russes seraient également en train de manoeuvrer pour favoriser Bernie Sanders, notamment en intervenant en sa faveur sur les réseaux sociaux. Le New York Times avait déjà laissé entendre que les Russes avaient l'intention de s'immiscer dans les primaires démocrates. Une stratégie pour mieux faire élire Donald Trump parce qu'ils estimeraient que Bernie Sanders, en candidat démocrate officiel, aurait peu de chance de le battre? Ou alors le but est-il avant tout de semer la zizanie et de décrédibiliser le processus électoral américain? Ces questions méritent d'être posées. 

«Des choses horribles sur Internet»

Piqué au vif, le sénateur du Vermont a réagi. «Franchement, je me moque de savoir qui Poutine veut comme président. Mon message est clair: restez à l'écart des élections américaines et lorsque je serai président, je m'assurerai que cela soit le cas», a-t-il fait savoir. Il affirme ne pas considérer Vladimir Poutine comme un bon ami «contrairement à Donald Trump». «En 2016, la Russie a utilisé la propagande sur Internet pour semer la division dans notre pays, et je crois comprendre qu'elle le fera à nouveau en 2020. Certaines des choses horribles sur Internet attribuées à notre campagne pourraient bien ne pas venir de vrais partisans», a-t-il informé. Il avait été informé de ces fortes suspicions il y a un mois déjà.

Voilà qui rappelle le scandale de l'ingérence russe dans la présidentielle de 2016. Avec au final, après 675 jours d’enquête, plus de 200 poursuites pénales et 37 inculpations (34 individus, dont 29 agents russes, et trois entreprises), un rapport livré par le procureur indépendant Robert Mueller qui a conclu qu'il n'y avait pas de preuves de collusion entre Donald Trump et les Russes. A l'affaire russe a ensuite succédé l'affaire ukrainienne. Celle qui a valu un procès en destitution à Donald Trump. Accusé d'avoir fait pression auprès de son homologue ukrainien pour qu'il enquête sur son rival démocrate Joe Biden - et donc nuise à un adversaire qui vise la Maison-Blanche- , le président, protégé par les républicains, vient toutefois d'être acquitté. 

Vendredi, Donald Trump n'a pas pu s'empêcher d'évoquer la nouvelle affaire lors d'un meeting à Las Vegas. Il a une nouvelle fois rejeté toute idée de soutien de la part de Vladimir Poutine. «Ne préférerait-il pas Bernie, qui a passé sa lune de miel à Moscou?», a-t-il lâché, moqueur. Il le sait très bien: en 2016 déjà, les Russes étaient intervenus en faveur des deux. Pour Trump d'ailleurs, affronter Bernie Sanders, le plus à gauche des candidats, serait plutôt une bonne nouvelle. 

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