Une organisation riche et méconnue

«Je me souviens d’une photo des directeurs des organisations internationales basées à Genève. Francis Gurry y figurait dans un coin, et il n’était même pas identifié. Comme si c’était un intrus. C’est une métaphore de l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle (OMPI). Personne ne sait ce qu’elle fait», témoigne William New, directeur du site Intellectual Property Watch.

L’OMPI fait figure d’exception parmi les autres agences onusiennes. Avec ses quelque 1200 employés, elle est financée marginalement par les contributions de ses 186 Etats membres. Plus de 90% de son budget est assuré par les dépôts de brevets et de marques au niveau international. L’OMPI prévoit une augmentation de ses recettes de 4,5% durant les deux prochaines années, pour atteindre 713,3 millions de francs.

Cette excellente santé financière se voit. Trois ans après avoir achevé le chantier d’un nouveau bâtiment administratif, l’OMPI inaugurera prochainement un centre de conférence à l’architecture audacieuse, d’une capacité de 900 places.

Deux traités signés

«Il faut reconnaître à Francis Gurry le fait d’avoir amélioré les capacités et les performances de l’organisation. Durant son mandat, deux nouveaux traités ont été signés, l’un sur l’audiovisuel, l’autre sur l’échange d’ouvrages pour les malvoyants. D’autres négociations, qui étaient bloquées depuis des années, ont été relancées, comme sur les ressources génétiques ou les savoirs traditionnels», affirme William New.

Selon ce spécialiste, le traité favorable aux malvoyants a alerté les pays riches, car il prévoit des exceptions au principe du copyright. L’organisation reste en effet très influencée par les Etats-Unis, l’Europe ou le Japon, qui détiennent l’immense majorité des brevets.

Malgré ses réalisations, Francis Gurry va devoir batailler ferme face aux autres candidats. Aucun d’eux ne s’est profilé en défenseur des pays en développement, qui souhaiteraient un système de propriété intellectuelle plus ouvert. «A l’ONU, une réélection s’apparente souvent à une simple formalité. Là, les trois autres candidatures sont sérieuses. C’est bien le signe qu’il y a un problème», conclut William New.