L’OMS tire les leçons de son échec contre le virus Ebola

Santé Réunion extraordinaire à Genève

Alors que l’épidémie d’Ebola s’essouffle, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) en tire enfin les premières leçons. «La communauté internationale, nous y compris, avons été trop lents à réagir», a reconnu dimanche Margaret Chan, la directrice de l’OMS, en ouverture d’une réunion extraordinaire sur la gestion de l’épidémie.

Le virus a causé la mort de 8688 personnes, dans leur immense majorité en Afrique de l’Ouest, selon le dernier bilan. Mais, depuis plusieurs semaines, le nombre de nouveaux cas baisse en Guinée, au Liberia et en Sierra Leone, les trois pays les plus affectés.

Hier, les 34 Etats membres du Conseil exécutif de l’OMS se sont mis d’accord pour créer un contingent de réserve de médecins, épidémiologistes ou logisticiens mobilisables en urgence. L’OMS estime qu’il lui faudrait 1500 personnes. La moitié travaillent déjà pour l’organisation, à Genève ou dans des pays à risque, mais ils ne sont pas organisés de façon cohérente.

Au début de l’épidémie, l’OMS avait minimisé les signaux d’alerte, mais elle s’était aussi retrouvée démunie pour y répondre concrètement. «L’OMS que nous avons n’est pas celle dont nous avons besoin», a admis le représentant des Etats-Unis. La réponse aux urgences épidémiques est devenue le parent pauvre de l’OMS, les Etats ou les partenaires privés, comme la Fondation Gates, préférant financer la lutte contre des maladies spécifiques.

L’OMS doit-elle aussi être une organisation capable d’agir par elle-même et plus seulement de conseiller et de soutenir les gouvernements? Le débat semble aujourd’hui tranché. «C’est sans doute le début des plus importantes réformes de l’histoire de l’organisation», s’enthousiasme Bruce Aylward, directeur adjoint de l’OMS et coordinateur de la lutte contre Ebola.

La bureaucratie de l’OMS sera-t-elle capable de se réformer? «Nous avons réussi à déployer plus de 700 collaborateurs en Afrique. Ce n’est déjà pas rien», répond Bruce Aylward. A l’avenir, l’OMS pourra aussi compter sur un fonds d’urgence pour réagir rapidement aux futures épidémies. La somme de 100 millions de dollars est évoquée comme point de départ.

«Scénario terrifiant»

En attendant, il faut venir à bout d’Ebola. «Si cela devenait une maladie endémique, ce serait un scénario terrifiant», avait mis en garde vendredi Bruce Aylwards. Remonter les chaînes de transmission pour isoler et traiter tous les malades nécessitera encore beaucoup d’efforts et d’argent.

Or la lassitude des donateurs guette. Dimanche, seul le Royaume-Uni a annoncé une contribution supplémentaire, de 10 millions de dollars. L’OMS a prévenu qu’elle avait des fonds pour assurer ses opérations seulement jusqu’en février.