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Capture d'écran d'une vidéo publiée par les terroristes de l'Etat islamique, le 4 novembre.

L'explication

Ce que l'on sait du crash de l'Airbus russe dans le Sinaï

La revendication de la branche égyptienne de l'Etat islamique est-elle plausible? Pourquoi l'hypothèse d'une bombe se précise-t-elle? Faut-il avoir peur de prendre les charters russes? Qui va mener l'enquête? Tout ce qu'il faut savoir de l'accident de l'Airbus 321, samedi dans le désert égyptien (dernière mise à jour: 5 novembre, 9h00)

Les faits

Un Airbus 321 de la compagnie Kogalymavia, plus connue sous le nom de Metrojet, s'est écrasé samedi 31 octobre dans le désert du Sinaï, 23 minutes après son décollage, à 05H51 heure locale (03H51 GMT) de Charm el-Cheikh, la cité touristique du bord de la mer Rouge, dans le sud du Sinaï, à destination de Saint-Pétersbourg, deuxième ville de Russie. L'avion était arrivé à Charm el-Cheikh le matin même.

L'appareil volait à une altitude de plus de 30 000 pieds (9 144 mètres) et les 224 personnes à bord sont mortes. Parmi les 217 passagers, 214 étaient Russes et trois Ukrainiens. Les débris sont éparpillés sur le sol sur plus de 20 km2. L’Airbus A321 n’a tenté aucun atterrissage en catastrophe, il s’est disloqué en vol. Selon un responsable de l'autorité de contrôle de l'espace aérien en Egypte, le capitaine s'est plaint d'une défaillance technique des équipements de communication.

Samedi après-midi, la branche égyptienne de l'EI a affirmé sur des comptes Twitter connus qu'elle  avait «fait tomber» l'avion, pour punir la Russie qui a commencé fin septembre une campagne de bombardements en Syrie.   

Les deux boites noires ont été récupérées et sont en bon état (mise à jour, 5 novembre: une des boites est finalement assez endommagée), il faudra environ deux mois pour qu'elles soient complètement exploitées. L'enquête rassemble des experts russes et égyptiens, ainsi que des enquêteurs allemands et français, comme il est de coutume pour des accidents impliquant des Airbus, des enquêteurs irlandais, l'avion ayant été assemblé en Irlande, et américains, une partie des moteurs provenant des Etats-Unis.

Le Sinaï, une région sensible et troublée

Le Sinaï est une péninsule semi-désertique d'environ 60.000 km2 située dans l'est de l'Egypte, prise en tenailles entre le Canal de Suez à l'ouest, et Israël et la bande de Gaza à l'est. Ses côtes sur la Mer Rouge sont réputées chez les amateurs de plongée sous-marine et accueillent des stations balnéaires fréquentées, dont Charm el-Cheikh,  tout au sud (1,7 million de Russes visitent l'Egypte tous les ans).

Entre 2004 et 2006, une vague d'attentats a visé les principales stations balnéaires du Sinaï, dont Charm el-Cheikh, Dahab et Taba, faisant de nombreuses victimes. Après 2011, cette péninsule devient plus volatile en raison du flottement sécuritaire qui accompagne la révolution égyptienne. A l'été 2013, les attaques redoublent, après la destitution par l'armée du président islamiste élu Mohamed Morsi. La plupart des attentats meurtriers sont revendiqués par «Province du Sinaï», branche de l'EI en Egypte. Se faisant autrefois appeler Ansar Beït al-Maqdess, le groupe a changé de nom en 2014 pour bien marquer son allégeance à l'EI. C'est dans le nord du Sinaï que se trouve son bastion.

Ce qu'on sait de l'avion

L'Airbus 321 est la version allongée de l'avion vedette A320 d'Airbus, long de 44,51 mètres et de 34,10 mètres d'envergure. Il peut accueillir 185 passagers (16 en classe affaire et 169 en classe économique) et jusqu'à 220 passagers pour des opérateurs charter, selon le site d'Airbus. Plus de 1 000 A321 sont en circulation aujourd'hui, et 2500 au total ont été commandés.


 Dessin. Le coup de crayon de notre dessinateur Chappatte

 


L'Airbus A321-200 du vol 7K-9268 de la compagnie Metrojet était enregistré EI-ETJ et portait le numéro de série 663. Il avait été produit en 1997 et était exploité par Metrojet depuis 2012. Il avait accumulé 56.000 heures de vol en près de 21.000 vols, rien d'inhabituel sur ce genre d'avions. Un problème sur sa queue avait nécessité trois mois d'immobilisation en 2011. L'avion avait été affrété par le tour-opérateur Brisco, qui dessert notamment la Turquie et l'Egypte, les destinations touristiques préférées des Russes, touchés par la chute du rouble et la récession.

Ce qu'on sait de la compagnie

Metrojet appartient au transporteur Kogalymavia, créé en 1993 sous le nom Kolavia et classé 19e en Russie par le nombre de passagers transportés. La compagnie exploite deux A320 et sept A321 et,  selon des médias russes, serait en retard sur le paiement des salaires de certains employés, ainsi le copilote n'aurait pas été payé depuis trois mois.

Pourquoi l'hypothèse de la bombe se précise

Tous les experts excluent que l'A321 ait pu être atteint à 10 000 m d'altitude par un missile tiré de l'épaule, du type de ceux dont dispose l'EI dans le Sinaï, seuls des Etats disposent de missiles sol-air. Le scénario privilégié est celui d'une explosion en vol de l'avion, provoquée ou par un incident technique, ou par un engin transporté par des passagers ou des membres de l'équipage, d'autant que les contrôles de sécurité des aéroports dans la région sont parfois aléatoires.

«La revendication de l'EI est crédible parce que sa branche en Egypte n'a jamais menti sur ses actions», selon Mathieu Guidère, expert français du terrorisme et auteur de «Terreur, la nouvelle ère», résumant les commentaires de nombre de ses collègues quelques heures seulement après le drame.

Londres a corroboré le 4 novembre: un «engin explosif» pourrait être à l'origine du crash, selon le porte-parole du gouvernement britannique qui cite «de nouvelles informations». Le même jour, l'Etat islamique publie une nouvelle vidéo réaffirmant être à l'origine du drame. Londres suspend par précaution tous ses vols vers Charm el-Cheikh. Les Etats-Unis aussi suspectent désormais une bombe (plus aucun avion américain n'atterrit à Charm el-Cheikh depuis longtemps).

Ce qu'en dit la Russie

Le jour de l'accident, le plus grave de l'histoire de l'aviation civile russe, la revendication par l'Etat islamique a été rejetée comme «ne pouvant pas être considérée comme exacte» selon le ministre des Transports Maxime Sokolov, qui a évoqué des «insinuations». Le 2 novembre, le Kremlin a reconnu qu'aucune piste ne pouvait être écartée. «C’est une immense tragédie», a commenté Vladimir Poutine. Depuis, les autorités russes sont manifestement gênées.

Les enjeux pour Moscou

Moscou soutient son allié syrien Bachar al-Assad et a déclaré la guerre à l'Etat islamique. Si l'attentat est avéré, ce serait le premier gros revers public de la Russie depuis le début de ses bombardements en Syrie, le 30 septembre.

Moscou doit aussi défendre son aviation, très critiquée pour sa vétusté et associée à un grand nombre d'accidents dans les années 1990 et 2000. L'agence fédérale russe chargée du transport aérien, Rosaviatsia, a toutefois qualifié de «prématurées» les premières conclusions de Metrojet, selon qui une «cause extérieure» est à l'origine du crash.

Ce qu'en dit l'Egypte

Le président Sissi interrogé par la BBC le 2 novembre sur la revendication de l'EI parle de «propagande», «c'est une manière de nuire à la stabilité et la sécurité de l'Egypte ainsi qu'à son image». «Croyez-moi, la situation dans le Sinaï, en particulier dans cette zone limitée, est totalement sous notre contrôle», a-t-il ajouté.

Les enjeux pour Le Caire

Pas question de laisser accroire que les autorités égyptiennes ne contrôlent pas l'entier du territoire national, alors que l'Egypte est l'alliée et des pays occidentaux, et de la Russie dans son combat contre l'Etat islamique. D'autre part, la confirmation d'un attentat demandant beaucoup d'organisation pourrait remettre au jour la question de complicités au sein de la police.  

Enfin, le tourisme égyptien, fortement en baisse depuis le Printemps arabe, est vital pour l'économie du pays, et la côte de Charm el-Cheikh est encore considérée comme paisible. Or plusieurs compagnies aériennes, dont Air France, Lufthansa et Emirates, ont annoncé qu'elles ne survoleraient plus le Sinaï «jusqu'à nouvel ordre», «par mesure de sécurité» et dans l'attente des résultats de l'enquête. Car pour l'Etat islamique, il est désormais légitime de s'en prendre aux touristes:

Lire: Le signal des islamistes du Sinaï

Ce qu'en disent les Etats-Unis

Les Etats-Unis ne confirment ni n'infirment la thèse du missile «pour le moment», disent-ils au lendemain du crash. Le 3 novembre, des médias citant le renseignement américain annoncent qu'une trace a été détectée par le système Sbirs (Space-Based Infrared System): le réseau satellitaire ultrapuissant  a décelé un fort éclat de chaleur dans l'avion en altitude, un événement «catastrophique» qui pourrait corroborer l'existence d'un engin explosif à bord. L'hypothèse se renforcera dans les jours qui suivent.

Les enjeux pour Washington

L'Egypte reste un allié de choix des Etats-Unis, sa stabilité est primordiale. Si la thèse de l'attentat se confirme, ce serait le signe que l'EI continue de progresser, et que son pouvoir de nuisance menace désormais l'ami israélien tout proche. Le pouvoir américain serait probablement poussé à s'impliquer davantage.

Ce qu'en dit Metrojet 

L'appareil a subi un contrôle technique complet en 2014, il était en «excellent état technique» et le commandant de bord, Valéri Nemov, avait plus de 12.000 heures de vol au compteur dont 3.860 sur A321, ce qui exclut une erreur de pilotage. Les conditions météorologiques étaient plutôt bonnes. Seule une «action extérieure» peut expliquer le crash, a assuré le 2 novembre Alexandre Smirnov, un dirigeant de Metrojet.

Les enjeux pour la compagnie aérienne

La Russie avait autrefois une réputation très mauvaise en termes de sécurité aérienne en raison d'un parc aérien vieillissant, mais la situation a changé ces dernières années. Les principales compagnies, surtout Aeroflot qui domine largement le marché, ont modernisé leur flotte en commandant un bon nombre d'Airbus et Boeing tout neufs. Ce n'est pas le cas d'autres compagnies régionales ou plus petites comme Metrojet, qui conservent une flotte plus ancienne.

Metrojet a tout du suspect idéal. Elle a déjà fait parler d'elle en 2010 lorsqu'un Tupolev qu'elle exploitait alors s'est brisé au moment d'un atterrissage en Iran, provoquant des dizaines de blessés, ou l'année suivante lorsqu'un autre Tupolev a pris feu au sol dans le nord de la Russie, provoquant la mort de trois personnes. D'où la véhémence de ses dirigeants quand ils ont affirmé lundi la qualité de l'avion et de son personnel navigant: ils sont dans le viseur, d'autant que Moscou pourrait vouloir faire en les condamnant, voire en fermant d'autorité la compagnie, un exemple spectaculaire en direction de l'opinion publique russe, très choquée.

Ce qu'en dit l'Etat islamique

Outre la revendication initiale du 31 octobre, des médias associés à l'Etat islamique ont diffusé une image montrant un montage photo sur lequel figure un combattant barbu tout sourire, armé d’un lance-roquettes ainsi qu’un avion supposément frappé en plein centre a fait son apparition lundi sur Internet. Accompagné de ce message: «Le beau temps et le ciel clair dans la province du Sinaï sont parfaits pour abattre des avions russes.» Une déclaration de guerre. L'Etat islamique a insisté en diffusant une autre vidéo mardi 4 novembre, montrant d'abord une distribution de bonbons généralisée, puis des menaces proférées à l'encontre de "quant à toi, porc de Poutine"

Les enjeux pour les djihadistes

L'attentat s'il est avéré contribuerait à mettre l'Egypte à genoux, et soulignerait que l'EI reste puissante et conquérante, alors que la nébuleuse terroriste subit actuellement la baisse des prix du pétrole.

Les enquêteurs devraient être fixés en étudiant les débris de l'avion, un examen qui pourrait ne prendre que quelques jours.

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