Omar Seddique Mateen semblait le père normal d’un fils de trois ans. Dans la nuit de samedi à dimanche, cet Américain né à New York en 1986, de parents afghans, a pourtant semé le chaos à deux heures du matin au Pulse Club, un haut lieu de la communauté gay d’Orlando. Armé d’un pistolet et d’un fusil d’assaut, il a commis le pire massacre jamais enregistré aux Etats-Unis. Il avait été interrogé à trois reprises par le FBI dans le cadre de deux enquêtes.

L'EI a revendiqué la fusillade sur sa radio lundi matin. «Dieu a permis au frère Omar Mateen, un des soldats du califat en Amérique, de mener une ghazwa (terme islamique pour désigner une attaque) durant laquelle il est parvenu à entrer dans une boîte de nuit des sodomites dans la ville d'Orlando (...) et à tuer et blesser plus de 100 d'entre eux», a indiqué le bulletin d'Al-Bayan.

Dimanche, la police de cette ville de Floride, qui abrite le célèbre Disney World, faisait état de 50 morts et de 53 blessés dont plusieurs dans un état critique. En comparaison, les tragédies qui ont marqué l’Amérique, dont les tueries de Columbine en 1999 (12 morts), Sandy Hook en 2012 (26 morts) ou du Virginia Tech en 2007 (32 morts) n’affichaient pas un bilan aussi lourd. Intervenant brièvement de la Maison-Blanche, le président Barack Obama a parlé d’un «acte terroriste et haineux». Visiblement fatigué par la répétition de ces tragédies, il a ajouté: «Aucun acte de terreur et de haine ne peut changer qui nous sommes.»

Déjà dans le collimateur du FBI

L’Amérique s’est réveillée sonnée dimanche matin par ce nouveau drame qui a eu lieu en plein ramadan et dans une période où les Etats-Unis sont le théâtre de multiples gay prides. La tragédie rappelle celle de San Bernardino en décembre dernier en Californie, où un couple radicalisé et se réclamant de l’idéologie de l’organisation de l’Etat islamique (EI) avait tué 14 personnes.

Lire aussi: Fusillade de San Bernardino: la piste de la radicalisation

En chiffres: y a-t-il vraiment de plus en plus de tueries aux Etats-Unis?

Peu avant de sévir dans la nuit d’Orlando, le suspect Omar Seddique Mateen a appelé le numéro d’urgence 911 pour annoncer qu’il prêtait allégeance au chef de l’EI, Abou Bakr al-Bagdadi. Au cours de cet appel, il a fait référence aux attentats perpétrés lors du marathon de Boston en avril 2013 par les frères Tsarnaev.

A ce sujet: Djokhar Tsarnaev reconnu coupable des attentats de Boston

Par le passé, il avait déjà fait l’objet de deux enquêtes du FBI qui soupçonnait chez lui une forme de fascination pour l’islamisme radical. Rien ne prouve pour l’heure qu’il était en lien avec le groupe djihadiste. Il s’agirait d’un acte isolé commis par un individu qui se serait autoradicalisé. Voici deux semaines, le leader de l’EI prônait précisément ce type d’actions aux Etats-Unis, soulignant que de tels actes commis en plein Ramadan seraient récompensés au décuple.

«Mentalement instable», selon son ex-femme

Le suspect ne s’en est pas pris à un club gay d’Orlando par hasard. Voici deux mois, à Miami, il avait été scandalisé, a déclaré dimanche son père, de voir deux gays s’embrasser devant lui et son fils. Marié en 2009, il a divorcé en 2011 à la demande de son épouse qui a déclaré être régulièrement battue par son mari. Les parents de cette dernière ont agi afin de l’extraire de cette relation difficile. L’épouse, une immigrée d’Ouzbékistan qui avait rencontré Omar Seddique Mateen grâce au réseau social Myspace en 2008, a confié aux médias américains que son ex-mari était «mentalement instable». Elle n’a plus eu de contact avec lui depuis le divorce.

Attaque à deux heures du matin

A Orlando, la tragédie a commencé à deux heures du matin. Le tueur présumé, venu de sa ville de Port Sainte-Lucie en Floride à Orlando, est entré dans le Pulse Club armé, profitant d’un allégement de la sécurité de l’établissement en fin de soirée. Il a vidé une partie de son chargeur sur les quelque 320 personnes célébrant une «Latin Night». Il a pris plusieurs dizaines de gens en otage. Vers les cinq heures du matin, les forces de l’ordre ont porté la charge, libérant plusieurs personnes. Au cours des échanges de coups de feu, le tueur, qui travaillait pour une entreprise de sécurité (G4S) s’occupant notamment de garder des bâtiments fédéraux, a été abattu.

Dimanche, le centre médical ayant pris en charge la majorité des blessés graves tentait de sauver des blessés entre la vie et la mort. Des appels, même par le biais des réseaux sociaux, ont été faits pour exhorter les habitants d’Orlando à faire des dons de sang. Ceux-ci y ont répondu massivement.

La raison pour laquelle le tueur s’en est pris à la communauté gay d’Orlando peut participer de son adhésion à l’islamisme radical. Les djihadistes de l’EI prônent une attitude sans pitié contre les homosexuels. Choquée, la communauté LGBT (lesbiens, gays, bisexuels et transgenres), qui a bénéficié d’une extension de ses droits sous l’administration de Barack Obama, notamment par la légalisation du mariage homosexuel, a eu droit à un autre choc dimanche. En marge de la Gay Pride de Los Angeles, la police a arrêté un suspect équipé d’un fusil d’assaut et d’explosifs.

Lire également: Une attaque avortée à la Gay Pride de Los Angeles

De nouveau, la question des armes

Le massacre d’Orlando remet en lumière pour la énième fois le grave problème des armes à feu aux Etats-Unis qui se chiffrent à plus de 300 millions. Même s’il était dans le collimateur du FBI, Omar Seddique Mateen a pu acheter en toute légalité un fusil d’assaut de type AR-15, le même genre d’armes qui a servi aux auteurs des fusillades d’Aurora dans le Colorado et de Newtown dans le Connecticut. La Maison-Blanche a bien tenté d’interdire ces armes dotées de chargeurs de grande capacité, mais le Congrès, dominé par les républicains, n’en a pas voulu. Depuis le début de l’année, il y a eu près de 135 fusillades aux Etats-Unis qui ont fait plus de 5800 morts.

L’acte terroriste d’Orlando, le pire depuis les attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis, s’inscrit enfin dans le contexte d’une campagne présidentielle où le candidat républicain Donald Trump n’a cessé d’exacerber les questions raciales, confessionnelles et ethniques. Il a appelé à interdire les musulmans d’entrer aux Etats-Unis. Dans un tweet dimanche, il sommait Barack Obama de parler «d’islamisme radical» sans quoi le président devrait «démissionner immédiatement».


Un lien avec l’EI encore flou

Le lien d’Omar Mateen à l’organisation Etat islamique (EI) demeure flou à ce stade de l’enquête, lundi matin. L’EI a revendiqué dimanche soir la tuerie d’Orlando. «L’attaque armée qui a visé une boîte de nuit homosexuelle dans la ville d’Orlando dans l’Etat américain de Floride et qui a fait plus de 100 morts ou blessés a été commise par un combattant de l’Etat islamique», a rapporté dimanche soir Amak, organe de presse de l’organisation djihadiste qui a relayé la revendication.

Toutefois, la preuve d’un lien effectif entre le suspect et l’organisation djihadiste nécessite de plus amples investigations. Trois responsables américains proches de l’enquête ont relevé qu’aucun élément ne permettait en l’état d’établir un lien direct entre cette tuerie et une organisation islamiste. «(Il n’y a) aucune preuve pour l’instant d’une planification ou d’une connexion avec l’EI. D’après ce que nous savons pour l’instant, son premier contact direct a été un serment d’allégeance qu’il a effectué durant le massacre», a souligné un responsable de l’antiterrorisme américain. Il faisait allusion aux déclarations de l’assaillant lors d’un appel dimanche aux services d’urgence américains, le 911. (ATS/Reuters/LT)


Ce que l’on sait du tueur

Né à New York en 1986, Omar Seddique Mateen a déménagé avec sa famille en Floride, où il entreprend des études de droit à l’université d’Etat Indian River. En 2009, il se marie à sa première femme, dont il divorcera en 2011, selon des documents de justice consultés par l’AFP. Il s’était remarié et était père d’un enfant.

Le témoignage de l’ex-femme. Comme indiqué plus haut, son ex-femme a fait état d’un comportement «brutal». «Au début, c’était quelqu’un de normal qui tenait à sa famille, adorait plaisanter. Adorait s’amuser. Mais quelques mois après que nous nous sommes mariés, j’ai vu qu’il était instable, bipolaire et qu’il s’énervait sans raison», a témoigné dimanche son ex-femme, Sitora Yusufiy, lors d’une conférence de presse depuis Boulder dans le Colorado, où elle est désormais installée.

Omar Seddique Mateen était musulman pratiquant, selon Sitora Yusufiy qui a toutefois assuré ne l’avoir jamais entendu faire l’apologie du terrorisme. «Il n’y avait absolument aucun signe» que ses amis soient des radicaux lorsque le couple vivait à Fort Pierce, en Floride, a-t-elle dit. «Il voulait être policier alors il s’entraînait avec ses amis qui étaient policiers et il avait un permis de port d’arme valide en Floride», a-t-elle ajouté.

Il a travaillé comme gardien dans un établissement pour délinquants juvéniles, ce qui lui avait permis d’obtenir le permis. Puisqu’elles ont été classées sans suite, les enquêtes du FBI ne l’ont pas empêché d’acheter les armes légalement, a souligné la police fédérale.

A l’entendre, Sitora Yusufiy a senti la violence monter. Au point d’appeler ses parents à l’aide. Ces derniers ont fini par l’exfiltrer de l’appartement conjugal. Sitora Yusufiy avait ensuite alerté la police.

«Il était instable mentalement, et malade mentalement», a-t-elle confié aux médias, évoquant aussi le fait que son ex-mari prenait des stéroïdes. «Il était évidemment dérangé, profondément, et traumatisé». Elle n’a plus jamais revu son ex-mari. «Ma famille m’a littéralement sauvée», a-t-elle dit.

Son père: «Rien à voir avec la religion». Son père, lui, plaide pour une homophobie viscérale. «Nous étions dans le centre-ville de Miami […]. Et il a vu deux hommes qui s’embrassaient devant les yeux de sa femme et son enfant, et il est devenu très énervé», a confié Mir Seddique à la chaîne NBC.

«Ils s’embrassaient et se touchaient et il a dit: «Regarde ça. Devant mon fils, ils font ça», a-t-il ajouté, assurant que la fusillade de dimanche n’avait «rien à voir avec la religion». (AFP/LT)