Une épaisse fumée grise continue de s’échapper de la tour Grenfell. Voilà plus de dix-sept heures que le feu s’est déclaré. Seul le squelette noir de la tour d’habitation de ce quartier de l’ouest de Londres est apparent. Un groupe de pompiers hagards sort, après dix heures passées dans le brasier. Ils sont perdus et cherchent leur camion. Ils avaient été envoyés en renfort et ne connaissaient pas le quartier. Par terre, des morceaux de plastique carbonisés jonchent le sol.

Londres a connu mercredi l’un des plus grands incendies de son histoire récente. Grenfell, une tour de logements sociaux, qui compte environ 120 appartements, a été ravagée. Le bilan provisoire est de 12 morts et 74 blessés, dont 18 dans un état critique. Mais la police de Londres a prévenu que le nombre de personnes décédées allait augmenter.

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Sajad Jamalvatan, 22 ans, a le regard perdu. Il habite au troisième étage de la tour. Quand le feu s’est déclaré, il était au cinéma avec sa sœur. Sa mère, handicapée, était à la maison et l’a appelé, paniquée. «J’ai couru comme un fou pour rentrer. Heureusement, les pompiers ont pu la sortir.» Les heures qui ont suivi, il a vu le feu se propager à toute vitesse. «Il y avait des cris horribles dans tout l’immeuble.» Et puis, l’horreur absolue: «j’ai vu une personne sauter du quinzième ou du seizième étage, pour échapper aux flammes.»

Un nouveau revêtement en plastique

Après le choc initial, la colère a commencé à monter chez les riverains. La vitesse à laquelle le feu s’est propagé interpelle beaucoup de témoins. «En cinq minutes, les flammes ont gagné deux ou trois étages. Vingt minutes plus tard, elles atteignaient le sommet de la tour», explique Sardr Selim, qui habite un immeuble voisin.

Beaucoup pointent du doigt le nouveau revêtement, qui a été installé l’an dernier par la société qui gère l’immeuble, Kensington and Chelsea Tenant Management Organisation (KCTMO). Fait dans une sorte de plastique, donnant un aspect métallique, il semble avoir pris feu très facilement. «Je travaille dans la construction et j’avais entendu des habitants s’inquiéter depuis plusieurs mois, se demandant s’il était inflammable», témoigne Jonathan, qui habite un immeuble en face.

Une association de riverains avait même tiré la sonnette d’alarme en novembre 2016. «Le groupe d’action Grenfell croit que seule une catastrophe va mettre à jour l’inaptitude et l’incompétence de notre propriétaire», écrivait-elle sur son blog. Elle parlait de «négligence» vis-à-vis des normes de sécurité: «Nous sommes arrivés à la conclusion que seul un incident avec de nombreux morts apportera la lumière sur les pratiques de mauvaise gouvernance de cette organisation.» En filigrane, les habitants accusent la mairie de Kensington and Chelsea, l’un des quartiers les plus riches au monde, d’avoir délaissé ses quelques habitations sociales.

Pour l’instant, alors que l’incendie est tout juste maîtrisé, la police n’indique aucune hypothèse sur l’origine du feu. A l’enquête de déterminer si à la tragédie s’ajoute aussi un scandale de délaissement social.