Un climat plus propice pour un accord? Après des échanges médiatiques parfois salés et la fin, vendredi, d’un faux suspense sur l’extension de la période de transition, le premier ministre britannique, Boris Johnson, et ses homologues européens, la présidente de la Commission, Ursula Von der Leyen, et le président du Conseil européen, Charles Michel, ont remisé au placard la guerre des mots et convenu d’un «nouvel élan».

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Lors d’une vidéoconférence lundi, à laquelle assistait aussi le président du Parlement européen, David Sassoli, il a été décidé de reprendre plus activement les travaux et de dessiner rapidement un accord sur les grands principes de la future relation entre Londres et Bruxelles, comme le dit un court communiqué commun. Les participants ont donc confirmé la tenue de nouveaux «rounds» de pourparlers d’ici à fin août, «rounds» ponctués de réunions plus restreintes pour déminer les points les plus conflictuels. Et cela en mode «physique», les deux parties ayant bien l’intention de se voir en chair et en os dès la fin juin.

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Quatre mois pour s'entendre

Mais si le ton de la rencontre se voulait plus positif, rien n’est réglé sur le fond: sans extension de la transition qui s’achève au 31 décembre, il ne reste officiellement que quatre mois pour s’entendre, le temps de laisser ensuite Londres et les 27 ratifier l’accord. Accord qui devra redéfinir leur relation commerciale, économique et sécuritaire et être en place au 1er janvier 2021.

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A cette date, tout devra aussi être prêt sur l’accord de retrait qui organise la continuité des droits des citoyens et met en place le régime spécial pour l’Irlande du Nord. Or comme n’a pas arrêté de le dire le négociateur des 27, Michel Barnier, les deux parties ont jusqu’ici très peu avancé sur le fond de ce futur accord économique et commercial. Et la réunion de lundi n’a pas été l’occasion de mettre de nouvelles propositions sur la table.

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La guerre du «spin» faisait rage ces derniers jours: du côté britannique, cette réunion devait servir à secouer le «cocotier UE» et le forcer à trouver un accord le plus vite possible alors que Londres reste très absorbé par la gestion du Covid-19; du côté de l’UE, on se bornait à dire que cette réunion n’aurait rien d’une négociation, l’objectif étant justement de ne pas céder à la pression du temps imposée par Boris Johnson. On faisait aussi comprendre que l’UE a un peu plus urgent à traiter en ce moment: «Il y a le plan de relance, le budget européen à faire passer en priorité», dit un diplomate, qui qualifie d’ailleurs cette réunion de «non-événement».

Car le plus dur reste toujours à faire: s’entendre sur des sujets extrêmement sensibles, comme la pêche, où Londres veut naturellement retrouver sa souveraineté, ou sur le «level playing field», ce jargon qui sous-tend que Londres devra rester un concurrent fair-play sur les normes fiscales, sociales, environnementales ou encore sur les aides d’Etat. Sur la gouvernance aussi, l’UE veut un accord global avec un rôle de la Cour de justice de l’UE quand Londres veut une architecture plus morcelée.

Le défi américain

Pour compliquer le tableau, il faudra composer avec les négociations parallèles que Londres a entamées avec les Etats-Unis et le Japon. Boris Johnson a dit vouloir boucler pour novembre un accord de libre-échange avec Donald Trump. «Peut-être serait-ce bien de conclure d’abord avec nous», ironise ce diplomate, inquiet comme certains observateurs à Bruxelles de voir un partenaire britannique pas entièrement concentré sur les demandes de l’UE.

Autre potentielle inquiétude: que Londres cède trop rapidement aux demandes américaines, notamment en matière agricole, et que le risque augmente de voir arriver aux frontières de l’UE des produits tels que le poulet au chlore. C’est finalement Charles Michel qui a le mieux résumé la situation. «L’UE est prête à mettre un tigre dans son réservoir mais pas à acheter un cochon dans un sac…» a-t-il lancé en anglais sur Twitter, en reprenant une expression britannique.