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Londres et Bruxelles s’accordent sur le Brexit

Un accord de retrait a été conclu plus de deux ans après le vote qui a secoué le continent. Mais son approbation par le Conseil des ministres puis par le parlement britanniques, ces prochaines semaines, reste très délicate

Vingt-neuf mois après le vote en faveur du Brexit, à la suite de longues et tumultueuses négociations, Londres et Bruxelles ont enfin trouvé un accord. En fin d’après-midi mardi, le gouvernement britannique a annoncé avoir conclu un texte légal avec l’Union européenne qui doit permettre d’encadrer la sortie officielle du Royaume-Uni. Si cet accord de principe – dont les détails n’ont pas été publiés – constitue un moment clé des discussions, il reste cependant de nombreux obstacles.

Le premier sera pour la première ministre britannique de convaincre son propre gouvernement, ce qui est loin d’être acquis. Theresa May réunit son Conseil des ministres ce mercredi, à 14h, heure de Londres. Si elle obtient son accord sans que de nombreux ministres démissionnent, il faudra ensuite que la Chambre des communes ratifie l’accord, ce qui sera beaucoup plus difficile. Enfin, l’accord ne concerne que le retrait du Royaume-Uni de l’UE et ne définit pas les relations futures entre les deux parties.

Une avancée majeure

Il n’en reste pas moins que cette première étape constitue une avancée majeure. L’accord de retrait définit trois sujets. Le premier est la facture que les Britanniques vont devoir payer aux Européens – environ 40 milliards de livres (52 milliards de francs). Le second est le sort des 3,8 millions d’Européens qui vivent au Royaume-Uni et du million de Britanniques qui résident au sein de l’UE: tous garderont les mêmes droits. Le troisième, sur lequel butaient les négociations depuis un an, concerne l’Irlande du Nord.

Des deux côtés, chacun était d’accord sur le principe: il n’est pas question de rétablir une frontière physique entre l’Irlande du Nord et la République d’Irlande. Cela risquerait de réveiller les démons des «Troubles», euphémisme utilisé pour parler des 3500 morts de la guerre civile qui a agité la province entre 1969 et 1998. Mais dans le même temps, le Royaume-Uni voulait sortir de l’ensemble économique européen, à savoir son union douanière et son marché unique. Cela aurait nécessité automatiquement des contrôles douaniers à la frontière, de même qu’il en existe entre la Suisse et l’UE, par exemple. En voulant ainsi tout et son contraire, Londres était accusé par ses détracteurs de vouloir «le beurre et l’argent du beurre».

Theresa May face à un double front

Finalement, le Royaume-Uni a fait une concession majeure. Il va rester dans l’Union douanière européenne, ce qui supprime les besoins de contrôle à la frontière. C’est en principe temporaire, le temps de trouver une meilleure solution, mais il n’y a pas de date butoir.

Cette concession a provoqué une tempête politique au Royaume-Uni. Theresa May fait face à un double front. D’un côté, les «brexiters» crient à la trahison. Selon eux, le Brexit devait être une façon de se libérer des règles de l’UE et de signer des accords de libre-échange avec le reste du monde. En restant dans l’union douanière, ce rêve devient impossible. En face, les «remainers» sont eux aussi furieux. Ils estiment que le Royaume-Uni va désormais devenir un «vassal» de l’UE puisqu’il devra en appliquer les règles sans avoir de siège à la table des négociateurs. Mais ils en tirent la conclusion inverse des «brexiters»: pour eux, il faut un nouveau référendum, en espérant que les Britanniques changent d’avis face à la réalité du Brexit.

Exercice de haute voltige

Ce double front rend la ratification de l’accord à la Chambre des communes un exercice de haute voltige, d’autant que Theresa May n’y a qu’une majorité relative. Avec une cinquantaine de «brexiters» rebelles d’un côté et une quinzaine de «remainers» de l’autre, il lui manquerait une soixantaine de voix dans ses propres rangs. Elle n’est pas sûre non plus de pouvoir compter sur la dizaine de voix du DUP, le parti unioniste d’Irlande du Nord qui complète sa majorité.

Son espoir? Soit que les députés, face au risque de se retrouver dans une situation de «no deal», finissent par accepter son compromis. Soit que l’opposition travailliste – ou au moins quelques-uns de ses députés – soutienne l’accord. Le processus parlementaire doit être conclu d’ici à Noël.

Enfin, même si cet accord est ratifié – il faut aussi la ratification du Parlement européen –, le processus sera loin d’être fini. Une période de transition va s’ouvrir entre la sortie officielle de l’UE le 29 mars 2019 à minuit et le 31 décembre 2020. Pendant ces vingt et un mois, rien ne changera et les règles actuelles resteront en place. Il faudra alors mettre au point un traité de libre-échange, pour définir les relations futures entre Londres et Bruxelles. Et déjà, il est question de prolonger la transition, peut-être à 2022. Il reste des années de discussion sur le Brexit.

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