Pour Mark Boleat, l’un des plus importants représentants de la City, les négociations de David Cameron avec l’Union européenne lors du sommet qui a lieu ces jeudi et vendredi à Bruxelles, ressemblent à du «théâtre». Alors que premier ministre britannique espère boucler un accord ce matin, le président du comité des politiques de la corporation de la City confie son impatience au «Temps»: pour lui, il faut que l’accord soit conclu, et que le référendum pour rester ou sortir de l’UE se tienne le plus vite possible.

Il lance: «Cette période ouvre de nombreuses incertitudes pour les entreprises. L’opinion générale à la City est que plus vite on aura tourné la page, mieux ce sera. On pourra enfin se concentrer sur d’autres sujets qui sont très importants mais qu’on n’a pas le temps de traiter actuellement.»

Le Brexit ou l'érosion de Londres

S’il est agacé par les négociations en cours et le futur référendum, Mark Boleat n’a en revanche aucun doute: pour la prospérité de la City, le Royaume-Uni doit rester dans l’UE. En cas de Brexit, il craint une lente érosion de l'importance du quartier financier de Londres. «Cela ne se produira pas du jour au lendemain. Mais progressivement, inévitablement, certains emplois se déplaceront vers l’UE.»

Lundi, Stuart Gulliver, le directeur général de HSBC, lui en a donné une preuve de plus, en menaçant de déplacer un millier d’employés de sa banque d’investissement de Londres vers Paris si les Britanniques décidaient de quitter l'Union.

Les banques suisses, ces contre-exemples

Les banques helvétiques servent de parfait contre-exemple à Mark Boleat. Depuis leur siège en Suisse, elles n’ont pas accès au «passeport» européen, qui permet de vendre un produit financier dans l’ensemble de l’UE avec l’approbation d’un seul régulateur. Cela les oblige à installer des filiales au sein des pays européens. Voilà en partie pourquoi UBS a 5000 employés à Londres et y gère l’essentiel de ses affaires européennes.

Selon Mark Boleat, l’immense majorité de la City le soutient dans son opposition au Brexit. «Aucune grande institution ne s’est prononcée en faveur d’une sortie de l’UE. Certaines n’ont rien dit, d’autres sont officiellement contre.» Les sondages le confortent dans ce sentiment: selon le Centre for the Study of Financial Innovation (CSFI), 73% des employés de la place financière vont voter pour rester dans l’UE.

Pas pour la sortie, peu pro-européen

L’opposition de Mark Boleat au Brexit ne signifie cependant pas forcément un enthousiasme pro-européen. Simplement, ce lobbyiste de longue date estime que l’Europe est finalement assez raisonnable en termes de régulation financière. «Si vous demandez à la City la liste des plaintes contre Bruxelles, on vous citera le plafonnement des bonus [à 200% du salaire de base] et quelques régulations administratives trop lourdes. Mais les plaintes contre le régulateur britannique sont bien plus importantes.»

Mark Boleat estime que la City a toujours réussi à influencer Bruxelles pour s'opposer aux régulations les plus radicales. «Cette influence est vitale.» Bref, mieux vaut être à la table des négociations et modifier le cours des choses que d’être un simple spectateur extérieur.

«Un officiel du Trésor d’un autre pays européen m’a confié récemment: «J’aimerais avoir une influence aussi forte que la vôtre». Quand il s’agit de finance, on nous écoute, parce que nous sommes dominants dans ce domaine. Nous avons l’expertise nécessaire pour expliquer comment les choses fonctionnent. S’il s’agissait de vins, on écouterait les Français...»

Malgré ce succès apparent, David Cameron a fait de la City l’une de ses principales revendications lors des négociations européennes. Le premier ministre entend arracher à ses partenaires un droit de regard du Royaume-Uni sur la zone euro. Il craint que les pays de la monnaie unique n’imposent leurs propres règles financières de leur côté, sans que Londres ne puisse réagir.

Un droit de véto à la City?

Mais ce droit de regard risque de ressembler étrangement à un droit de veto offert à la City. Inquiète, la France a fait connaître son opposition. Pour tenter de trouver un compromis de dernière minute, David Cameron s'est précipité lundi soir à l’Elysée. Il est ressorti de sa rencontre avec le président François Hollande un peu plus serein. «Une base ferme pour trouver un accord» est en place, affirme-t-il. Dans la plus grande tradition européenne, un compromis semble en passe d’être trouvé.

Mais Mark Boleat n’en a cure. Pour lui, le droit de regard sur la zone euro que Londres pourrait obtenir n’a guère d’importance. «C’est de la politique. Les politiciens veulent obtenir des promesses légales de choses qu’ils ont déjà dans la pratique. A la City, ce qui nous intéresse, c'est simplement la pratique. Ensuite, c’est aux politiciens de voir comment ils veulent y parvenir.» Sauf coup de théâtre, la réponse pourrait arriver dès ce vendredi midi.