Le crépuscule des grands partis

Royaume-Uni A quelques joursdes législatives, conservateurset travaillistes sontau coude-à-coude, mais sans majorité

Les petites formations tirent leur épingle du jeu. Elles seront en positionde faiseurs de rois

Revue des troupes

A moins d’une semaine des législatives britanniques qui se tiendront le 7 mai, David Cameron n’avait pas besoin de cette mauvaise nouvelle: la croissance fléchit. Pour le premier trimestre 2015, elle devrait atteindre 0,3%, la plus mauvaise performance du Royaume-Uni depuis la fin de 2012, nettement moins que les 0,5% sur lesquels tablait le chef du gouvernement. Il n’y aurait pas de quoi s’inquiéter car, sur une année les chiffres restent bons (croissance de 2,4% entre avril 2014 et mars 2015). Mais le Parti conservateur et son ténor, David Cameron, ont centré leur campagne électorale sur la réussite économique du pays. Et malgré les bons résultats obtenus, les conservateurs n’arrivent pas à faire passer le message. A tel point qu’ils risquent d’être chassés du gouvernement. Ils sont au coude à coude avec leur principal rival, le Parti travailliste, mais pourraient avoir plus de difficultés que ce dernier pour former une coalition gouvernementale. Jamais, depuis 1974, les législatives n’ont été aussi disputées.

Sur Cowley Street, dans l’est d’Oxford, il n’y a pas d’affiches électorales. Il faut chercher pour dénicher un calicot en faveur d’un des partis, collé sur une vitre: «Votez pour les Verts». La mobilisation est à l’image de la campagne – poussive, explique John Marshall, un étudiant en biologie, qui ne s’est pas inscrit sur les listes électorales: «Les conservateurs ne parlent que d’économie. Ils nous rabâchent les oreilles avec notre supposée réussite, mais c’est du vent!» Le problème est qu’en face les travaillistes ne convainquent pas davantage: «Ils ne font pas rêver. Ils ne parlent que d’aides sociales. Leur programme sent les promesses qui ne seront pas réalisées. Des mensonges!»

Pour relancer l’économie, le gouvernement a procédé à de nombreuses coupes budgétaires. L’austérité a porté ses fruits: lorsque David Cameron est arrivé au pouvoir en 2010, les finances étaient exsangues. En cinq ans, le déficit a été divisé par deux et le chômage largement résorbé. Mais de nombreux Britanniques ne touchent pas les dividendes de la croissance retrouvée. Le service public a souffert des réductions de budget et le tissu social a été fragilisé. Une partie de la population a été paupérisée. Quant aux emplois créés, ils sont souvent précaires et mal rémunérés.

Pourtant, les travaillistes peinent à capitaliser sur le ressentiment social. Plus grave: le parti est en grande difficulté en Ecosse, où les indépendantistes du Parti national écossais (SNP) ont le vent en poupe. Selon les dernières prévisions, le SNP pourrait envoyer plus de 55 des 59 élus auxquels l’Ecosse a droit au parlement de Westminster, et cela au détriment des travaillistes qui, auparavant, régnaient sans partage. Plus généralement, le leader travailliste, Ed Miliband, a beau se démener, il ne parvient pas à mobiliser derrière lui.

Le désintérêt pour les deux plus grands partis fait le jeu des petits, le SNP en Ecosse, le Parti unioniste en Irlande du Nord et les nationalistes du Parti pour l’indépendance du Royaume-Uni, en anglais UKIP. Ces petites formations politiques se retrouveront à l’issue du scrutin de jeudi prochain en position de «faiseurs de rois». Que le Parti travailliste ou son rival conservateur prenne la tête, aucun des deux ne pourra gouverner sans solliciter une alliance avec un parti minoritaire. Pour l’instant, cette place était occupée par les libéraux-démocrates menés par Nick Clegg, grâce auxquels David Cameron gouverne depuis 2010. Mais l’étoile de Nick Clegg a beaucoup pâli. Ce dernier ne peut espérer se maintenir. La coalition à venir devra réunir trois partenaires au moins pour être majoritaire. Une première.

La mobilisation està l’image de la campagne: poussive