Le gouvernement britannique est resté ferme dans la voie des réformes jeudi, au lendemain de la première manifestation d’ampleur contre l’austérité, assortie de violences, qui a vu des dizaines de milliers d’étudiants descendre dans la rue.

«Le gouvernement ne reculera pas», a lancé jeudi, le ministre du Travail Iain Duncan Smith en présentant un Livre blanc qui constitue la plus vaste réforme du régime d’allocations sociales depuis la création de l’Etat providence après guerre.

Le Premier ministre David Cameron a dénoncé depuis le sommet du G20 à Seoul des violences «totalement inacceptables», alors que les télévisions diffusaient en boucle des images de l’invasion de l’immeuble abritant le siège londonien du parti conservateur par un petit groupe de manifestants contre la hausse des frais d’inscription à l’université.

Une révolte qui va durer?

Cette première grande manifestation depuis l’arrivée au pouvoir de la coalition libérale-conservatrie est-t-elle le début d’un mouvement de protestation «à la française»? La presse britannique était divisée jeudi matin, les quotidiens conservateurs dénonçant les actes d’»écervelés» tandis que le Guardian de centre gauche annonçait en fanfare: «Ce n’est que le début».

«Franchement, le mouvement syndical n’est pas assez fort, ou pas assez impliqué aux côtés des plus vulnérables qui sont ceux qui vont souffrir le plus», relativise Hartley Dean, professeur à la London school of Economics.

La grogne étudiante met en tout cas sous pression la composante libérale du gouvernement: les «Lib Dems» alliés aux conservateurs ont renié leur promesse de campagne de réduire les droits d’inscription, qui vont bondir jusqu’à 9.000 livres par an.

Inciter les chômeurs à retravailler

Le programme de coupes budgétaires sans précédent lancé par le gouvernement n’avait rencontré jusqu’alors qu’une opposition symbolique, et les sondages montrent les Britanniques conscients de la nécessité de réduire le déficit budgétaire abyssal.

Par ailleurs, si les réformes annoncées jeudi suscitent des critiques mesurées de la part de l’opposition travailliste, elles sont a priori populaires auprès du contribuable moyen.

Selon le ministre du Travail, sur les 4 millions de nouveaux emplois créés en 13 ans, «70% ont été pris par des étrangers parce que les gens de ce pays n’ont pas été capables de les prendre». «Le travail doit payer», a souligné M. Cameron. «Vous ne pouvez pas avoir une situation où quelqu’un se lève, va travailler dur, et s’en sort moins bien (qu’avec les allocations): c’est injuste et celà envoie le mauvais message».

Le projet privera un chômeur d’allocation pendant 3 mois s’il refuse une offre, six mois s’il en refuse deux et 3 ans s’il écarte trois offres. Les chômeurs devront aussi participer à des programmes de travail obligatoire, sous peine de sanction.

Sur les 2,5 millions de chômeurs britanniques au sens du Bureau international du travail (BIT), seulement 1,5 million touchent les allocations chômage, peu généreuses.

Leur allocation (environ 65 livres par semaine) peut déjà être réduite ou supprimée s’ils refusent un emploi disponible, mais cette sanction est rarement appliquée, selon l’entourage de M. Cameron.

Le Livre blanc instaure une allocation «universelle» qui entrera en vigueur en 2013, à la place des quelque 30 allocations existantes (chômage, allocations familiales, allocations logement etc.). L’allocation universelle doit selon le gouvernement améliorer le sort de 2,5 millions de personnes défavorisées. Mais de nombreuses voix, y compris celle du maire conservateur de Londres Boris Johnson, se sont élevées contre la réduction drastique de l’aide au logement, qui risque d’entraîner un «nettoyage social» des grandes villes.