Face à la nouvelle loi sur la sécurité nationale imposée par Pékin à l'ex-colonie britannique rétrocédée en 1997, le Royaume-Uni a annoncé étendre l'accès à son sol pour près de trois millions de ressortissants de Hong Kong éligibles à un «passeport d'outre-mer» britannique (BNO). Ils pourront travailler au Royaume-Uni pendant cinq ans, contre six mois actuellement, et à terme de demander la citoyenneté.

«C'est utile, cela envoie un fort message d'espoir aux Hongkongais», estime auprès de l'AFP Luke, analyste financier de 35 ans qui vit à Londres depuis 15 ans mais dont la famille, pour laquelle il est très «inquiet», est restée à Hong-Kong.

Abby Yau, 40 ans, approuve aussi cette mesure. Désormais naturalisée britannique, après 19 ans de vie sur place, elle estime que «le gouvernement britannique est moralement responsable du peuple hongkongais, car nous avons été remis à la Chine sans avoir eu notre mot à dire».

«Cette proposition viendra assurément en aide à certaines personnes qui craignent pour leur vie. Au moins, ils ont un endroit sûr où aller», juge-t-elle. Elle se demande malgré tout «dans quelle mesure» cela «profitera à la majorité des personnes opprimées par le gouvernement».

Vague attendue

Cet aménagement, qui intervient après des mois de manifestations pro-démocratie et a provoqué la colère de Pékin, concerne les personnes éligibles à un BNO, soit les Hongkongais nés avant la rétrocession. Elle s'applique aussi à leurs enfants mineurs, excluant de faits les jeunes déjà majeurs nés après 1997. «La plupart de ceux qui auraient besoin de quitter Hong-Kong sont de jeunes manifestants», relève Luke, avertissant qu'ils ne «pourront donc pas bénéficier» des nouvelles mesures alors qu'ils sont «les plus vulnérables».

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Les amis et frères et soeurs de Peter, 22 ans, venu pour faire ses études au Royaume-Uni il y a cinq ans, sont dans ce cas. Le gouvernement devrait «prendre en compte cette génération», ces jeunes adultes nés «entre 1997 et 2002», estime-t-il. Sinon selon lui, la mesure «n'a aucun sens pour les familles»: des parents ne déménageront sans doute pas sans leurs enfants tout juste majeurs.

L'étudiant s'attend malgré tout à «une vague de personnes fuyant vers le Royaume-Uni, quel que soit leur statut social», dès que la directive sera mise en application. «Les réseaux sociaux comme Facebook ont été inondés de demandes de renseignements sur l'immigration et le travail au Royaume-Uni», explique le jeune Hongkongais, dont la famille va venir dans les prochains mois. Cela «reflète l'anxiété et le désespoir» de ses compatriotes, estime-t-il.

main d'œuvre précieuse

Abby Yau explique avoir été contactée par des amis l'interrogeant sur la vie au Royaume-Uni et voit dans une potentielle arrivée de Hongkongais «une main d'oeuvre incroyablement précieuse pour le Royaume-Uni après le Brexit».

Pour elle cependant, «seule une petite vague de personnes», essentiellement «éduquées et de la classe moyenne», franchiront le pas au final en raison notamment du style de vie très différent et du facteur financier. «Tout le monde ne peut pas se le permettre!»

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Immigrer constituerait «un grand défi et un grand sacrifice pour ce qu'on appelle à Hong-Kong la «classe sandwich», ceux qui ont travaillé dur toute leur vie pour acquérir leur statut social», relève par ailleurs Peter. «Immigrer ici signifierait recommencer une nouvelle vie en tant que citoyens de seconde zone».

«Certains vont être réticents, comme toujours lorsqu'il faut repartir de zéro», reconnaît Luke, dont deux proches qui envisageaient depuis un moment de déménager au Royaume-Uni, ont fini d'être convaincu par les annonces britanniques.

«Mais est-ce que vous pouvez encore vous considérer chez vous dans un endroit dépouillé de toutes ses valeurs fondamentales, de sa liberté et de son âme?», se désole l'analyste financier. «Pour moi, Hong Kong a cessé d'être chez moi».