Royaume-Uni

Londres souhaite une union douanière temporaire avec Bruxelles

Détaillant enfin sa position de négociation, le gouvernement britannique propose une sortie en deux étapes: une période durant laquelle presque rien ne changerait en pratique, puis un accord assurant un commerce de biens aussi libre que possible

Face à la complexité politique, juridique et économique du Brexit, le Royaume-Uni a décidé de son approche: temporiser. Dans un document dévoilant ses objectifs de négociation en matière de commerce, le gouvernement britannique a annoncé mardi qu’il souhaitait mettre en place après la sortie effective de l’Union Européenne une période de transition d’environ deux ans, pendant laquelle le statu quo prévaudrait.

Jusqu’à présent, au grand agacement de Bruxelles, Londres n’avait guère détaillé son approche du Brexit. La première ministre Theresa May avait bien présenté en janvier ses grandes lignes, précisant en particulier vouloir sortir du marché unique (les normes communes au sein de l’UE) et de l’union douanière (l’absence de droits de douane à l’intérieur de l’UE et des droits de douane communs avec le reste du monde).

Mais jusqu’à présent, Londres conservait un flou total sur la façon dont il comptait s’y prendre. La cacophonie émanant des différents ministres n’aidait pas.

Une période de transition

Ce mardi, le gouvernement britannique a finalement publié un document sur la question de l’union douanière. Celui-ci est court – quatorze pages – mais il précise quand même son approche, en deux étapes: d’abord, une période de transition de «deux ans, peut-être moins», où presque rien ne changerait; ensuite, un accord douanier entre le Royaume-Uni et l’UE qui permette «le commerce de biens le plus libre et avec le moins de frictions possibles».

L’annonce la plus importante concerne la période de transition. Celle-ci faisait l’objet de vastes débats internes au sein du gouvernement britannique. Finalement, Philip Hammond, le chancelier de l’Echiquier, qui militait pour une telle approche, semble s’être imposé.

Le reste du gouvernement s’est rendu à l’évidence: même si Londres et Bruxelles trouvent un accord de libre-échange, celui-ci risque d’être conclu à la dernière minute; il faudra ensuite laisser le temps aux entreprises de s’adapter aux nouvelles règles et aux douanes de modifier leurs procédures. Sinon, le risque est de se retrouver avec des embouteillages monstres de camions bloqués aux frontières, face à des douanes débordées, à Douvres comme à Calais.

Une politique commerciale indépendante de Bruxelles

A quoi ressemblerait l’accord temporaire? «Ce serait aussi proche que possible de l’arrangement actuel», répond David Davis, le ministre en charge du Brexit. Techniquement, le Royaume-Uni serait hors de l’union douanière, puisqu’il ne serait plus membre de l’UE, mais l’objectif est de répliquer point par point la situation telle qu’elle existe. Pour les importateurs et les exportateurs, rien ne devrait changer.

Il y aurait cependant une différence importante: pendant la transition, «le Royaume-Uni pourra négocier des accords commerciaux avec d’autres pays (hors de l’UE)», précise le document. Cet argument est essentiel, puisqu’il s’agit du Graal tant mis avant par les partisans du Brexit: Londres pourra avoir sa propre politique commerciale, ne dépendant plus de Bruxelles dans ce domaine. Néanmoins, les éventuels accords de libre-échange ne pourraient pas entrer en vigueur avant l’expiration de la période de transition.

Régler la facture du départ britannique

Reste que rien de tout cela ne pourra se faire si Bruxelles n’est pas d’accord. Et du côté de la commission européenne, l’accueil a été froid. Michel Barnier, le négociateur européen, rappelle qu’il exige au préalable que la procédure de «divorce» soit bien avancée, avant de parler d’un futur arrangement commercial.

Il demande en particulier que soient réglés la facture du départ britannique, le sort des citoyens européens qui vivent au Royaume-Uni (et des Britanniques qui vivent dans l’UE) et la question de l’Irlande du Nord. «Plus (ce sera fait) rapidement, plus nous pourrons discuter tôt des questions douanières et de notre relation future», précise le Français.

Deux scénarios

Après la période de transition, le Royaume-Uni imagine deux scénarios, à chaque fois avec l’objectif de conserver le plus possible le libre-échange actuel. Le premier consiste à rendre les douanes les plus rapides et simples possibles. Le gouvernement britannique évoque par exemple un pré-enregistrement des camions avant d’arriver dans les ports, des procédures simplifiées, etc.

Dans le deuxième scénario, le Royaume-Uni répliquerait les droits de douane européens à l’importation, tout en étant libre d’en fixer d’autres avec le reste du monde. Mais cela nécessiterait un système de pistage électronique des biens, pour s’assurer que leur destination finale n’est pas l’Union européenne. Londres reconnaît qu’une telle solution «n’a jamais été testée».

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