Londres devient anxieuse. Alors que les quatre terroristes de l'attaque de jeudi courent toujours, la police britannique a abattu un homme vendredi matin dans le métro de la capitale. Celui-ci tentait d'échapper aux forces de police près de la station de métro de Stockwell, dans le sud de la métropole. «J'ai vu un homme sauter par-dessus la barrière d'entrée du métro, raconte un témoin. Il était d'allure asiatique (ndlr: c'est-à-dire du sous-continent indien, selon l'expression britannique). Les policiers, habillés en civil, l'ont plaqué au sol, immobilisé et ont tiré cinq balles.»

L'identité de l'homme n'a pas été dévoilée, mais il ne s'agit pas de l'une des quatre personnes qui ont tenté de faire exploser leur bombe jeudi dans les transports publics. Cependant, l'incident est «directement lié à l'opération antiterroriste actuelle», souligne Ian Blair, le chef de la police britannique. Il ajoute qu'un décès est toujours «regrettable», mais que ses hommes étaient menacés et que «l'homme refusait d'obéir aux instructions de la police». La police a fermé la station de métro de Stockwell et était hier à la recherche d'indices. Dans la soirée, elle a arrêté un homme dans le même quartier. Un autre suspect a été interpellé dans une gare de Birmingham.

Les attaques ont été revendiquées par une cellule de la mouvance terroriste Al-Qaida baptisée les «Brigades Abou Hafs al-Masri», qui affirme vouloir s'en prendre à ceux qui suivent les Etats-Unis.

Par ailleurs, la police a diffusé l'image des quatre terroristes présumés, responsables des attaques de jeudi. Ils sont tous les quatre habillés à l'occidentale, l'un d'entre eux portant même un sweat-shirt marqué «New York». Les quatre hommes sont apparemment d'origine étrangère.

L'immense réseau de caméras de surveillance présent en Grande-Bretagne a permis de fournir très rapidement des images assez claires des suspects. Les enquêteurs ont lancé un vaste appel à témoins, pour essayer de resserrer le filet.

La police a mené trois raids dans l'ensemble de la capitale. L'un d'entre eux s'est déroulé à Harrow Road, dans le nord-ouest de la ville. Les voisins ont entendu des coups de feu et senti du gaz quand les policiers ont forcé la porte d'une maison. Les témoins affirment avoir vu deux femmes d'apparence moyen-orientale et un jeune garçon plaqué au sol par les forces de l'ordre. La police n'a cependant procédé à aucune arrestation. «J'étais absolument terrifiée parce que la police m'a fait savoir qu'il y avait une bombe, peut-être dans la maison d'à côté ou en face, raconte une femme qui était près de la scène, citée par la BBC. Ils se sont installés avec leurs armes à la fenêtre et ils m'ont demandé de quitter le salon.»

Dans ces circonstances, les Londoniens commencent à montrer beaucoup de nervosité. «Je sais qu'il y a des rumeurs dans toute la ville», s'inquiète le chef de la police Ian Blair. A Moorgate, au plein cœur de la City, un bus suspect a été arrêté. L'endroit a immédiatement été évacué. Les employés du bureau voisin ont reçu l'ordre de leur direction de ne pas rester près des fenêtres et ceux dont les bureaux étaient situés le long des baies vitrées ont été déplacés. Il s'agissait finalement d'une fausse alerte.

«C'est la guerre, commente l'une des employées présente sur place. Il y a des raids dans toute la ville. Les kamikazes sont en liberté. On sait qu'il peut y en avoir d'autres. On va être obligé de faire attention à tout le monde, tout le temps.» Son collègue approuve: «Ça devient inquiétant. On n'est plus sûr de personne.»

Le propriétaire d'un petit kiosque à journaux, au nord de Londres, montre aussi des signes de nervosité. D'origine indienne, il craint d'être regardé de travers par les passants. «Il ne faut pas qu'on serve de boucs émissaires», affirme-t-il.

Les magasins étaient un peu moins remplis que d'habitude. Selon une étude de l'agence spécialisée dans le secteur de la distribution, SPSL, le nombre de consommateurs était en recul de 27% hier, par rapport à la même journée l'an dernier. Mais il est difficile de savoir s'il s'agit d'une réaction de peur ou d'une simple conséquence des transports en commun qui sont encore très perturbés.