Le Royaume-Uni remet à plat ses relations avec l’Union européenne (UE). Sur fond de virulents débats eurosceptiques, Londres a lancé en fin de semaine dernière un grand «audit» de l’UE. Pendant deux ans, le gouvernement britannique va s’efforcer de mesurer l’impact de l’Europe dans tous les domaines, des règles dans le secteur financier jusqu’aux quotas de pêche, en passant par les normes dans le secteur de la construction ou encore l’encadrement de l’immigration.

Pas de virage politique

Officiellement, cet exercice n’est pas un virage politique. L’accord de coalition entre conservateurs et libéraux-démocrates en mai 2010 indiquait en effet d’une phrase – noyée au milieu de 36 pages – qu’un «examen de l’équilibre entre les compétences européennes (et les compétences britanniques)» serait réalisé. William Hague, le ministre des Affaires étrangères, a précisé que Londres n’a absolument pas l’intention de sortir du giron européen: «Etre membre de l’UE est dans l’intérêt national du Royaume-Uni.» Enfin, l’audit, qui n’a pas vocation à établir des ­recommandations, se veut politiquement neutre, un simple exercice d’éclaircissement admi­nis­tratif.

Néanmoins, annoncé en fin de semaine passée, juste avant la suspension du parlement pendant l’été, il ajoute au malaise grandissant qui entoure le débat européen en Grande-Bretagne. Depuis le refus du premier ministre, David Cameron, de signer le Traité européen de stabilité en décembre 2011, les eurosceptiques ont le vent en poupe. Début juillet, la Chambre des communes a de nouveau été la scène d’échanges très tendus au sujet d’un référendum sur l’appartenance à l’UE. Une centaine de députés conservateurs, soit un sur trois, ont voté pour la tenue d’un tel référendum, allant contre les recommandations de leur propre leader. Et certains d’entre eux n’hésitent plus à réclamer ouvertement un retrait de l’UE, préférant le modèle helvétique.

«Nous tirerions profit d’une sortie de l’UE et de l’établissement d’un accord de libre-échange comme l’a fait la Suisse: une nouvelle relation basée sur le commerce et la coopération sans le poids de l’union politique et économique qui nous écrase», affirmait dans un récent rapport le député conservateur Brian Binley. Il lorgne aussi sur le modèle du Commonwealth, à son avis beaucoup plus adéquat à l’économie moderne. «Ses membres se mettent d’accord sur des objectifs mais peuvent ensuite légiférer par eux-mêmes plutôt que de se soumettre à un corps central non démocratique.»

Face au coup de boutoir des eurosceptiques, David Cameron peine à résister. Lui-même n’aime guère l’UE, comme le prouve son action depuis qu’il est le chef de file des conservateurs. L’une de ses premières décisions a été de retirer son parti du groupement de centre droit du Parlement européen, le Parti populaire européen, qu’il jugeait trop proeuropéen. Il a aussi fait passer une loi promettant un référendum en cas de nouveau traité. Constitutionnellement, il serait donc obligé de consulter les Britanniques si les institutions européennes changeaient. La semaine dernière, il déclarait aussi: «La Grande-Bretagne n’est pas contente de sa relation actuelle avec l’Union Européenne.»

Concessions nécessaires

Néanmoins, il redoute plus que tout l’organisation d’un référendum. Il sait que son propre parti se déchirerait sur le sujet, avec de lourdes conséquences politiques. L’audit est donc une façon pour lui de gagner du temps, au moins dans l’immédiat. C’est aussi un calcul politique: le UKIP (UK Independence Party), parti dont la principale raison d’être est le retrait de l’UE, grignote son électorat sur la droite, l’affaiblissant face aux travaillistes. En perspective des élections européennes de 2014, son prochain grand test électoral, il doit faire des concessions.