Les raids anglo-américains sur les alentours de Bagdad, vendredi passé, voulaient montrer la détermination de la nouvelle administration américaine. Ils auront peut-être un effet boomerang. Londres et Washington envisagent désormais de réviser les sanctions contre l'Irak, afin de les rendre «intelligentes».

Si la démonstration de force sur les environs de Bagdad avait pour but de tester les réactions de leurs alliés, la réponse est claire. L'indignation tonitruante du monde arabe, celle, plus mesurée, de la France, de l'Allemagne ou de la Russie disent à George W. Bush qu'il ne peut plus compter sur les alliés de jadis. Ces nouveaux raids ont au contraire renforcé la détermination des partisans d'une révision de la politique envers l'Irak. La Tunisie a accueilli mardi un avion irakien amenant une délégation de haut rang, tandis que d'autres envoyés de Bagdad vont se presser à Damas et à Amman avant d'aller à New York négocier à l'ONU. L'Irlande a protesté, à son tour, contre les bombardements, tandis que l'Espagne a dit être favorable à une «modification» des sanctions.

Ces protestations ont provoqué deux réactions chez les partisans de la manière forte contre Saddam Hussein. D'une part, les tentatives de justifications se multiplient. Estimer que les sanctions sont la cause des souffrances du peuple irakien n'est «pas crédible» a ainsi affirmé le Foreign Office. Le Canada a lui aussi réaffirmé fortement son soutien à l'action de Londres et de Washington. Dans cette même logique, les Britanniques ont dit leur volonté de «réorienter le débat public» sur les exactions dont le régime de Saddam Hussein se rend coupable envers son propre peuple.

D'autre part et surtout, – c'est là où les bombardements de vendredi pourraient avoir un effet inattendu – Londres et Washington envisagent désormais de repenser les sanctions. Si l'administration américaine ne s'exprime pas encore sur la question, le Foreign Office semble soudain sensible aux souffrances du peuple irakien. Il s'agirait, selon la presse britannique, de supprimer les embargos économiques qui affectent directement la population. En revanche, on tenterait tout pour empêcher que Saddam Hussein ne mène à bien son programme de réarmement. L'accès aux finances et la liberté de mouvement des responsables du gouvernement seraient entravés. Tout en continuant à parler fort contre Saddam Hussein, Londres et Washington sont peut-être en train d'écouter la diplomatie française qui réclame une «nouvelle approche» du cas irakien.