Au regard de son histoire, ce voyage-là fut des plus confortables. Une voiture avec chauffeur est venue le chercher au centre d’hébergement de Montjovet, village italien de 1200 âmes dans la vallée d’Aoste. Il s’est hissé sur le siège passager puis le fauteuil roulant a été monté à l’arrière. «Ce sont des bénévoles, ils nous aident, pour les déplacements surtout», dit-il. Montjovet est un peu loin de tout, sauf des montagnes. Mamadou Sow s’est peu à peu habitué à ces cathédrales naturelles qui découpent le ciel. Trente-quatre kilomètres à parcourir jusqu’à la ville d’Aoste. Il a donné rendez-vous Piazza Roncas, non loin du musée archéologique. Il nous salue d’un large sourire, engoncé dans une doudoune, casquette vissée sur la tête. Puis lance son fauteuil à l’assaut des rues pavées à la recherche d’un bistrot pour parler tranquillement au chaud. Une passante, jeune, vient à lui. Elle habite ici, étudie le droit à Turin. Elle lui tend un livre et un stylo: «Je l’ai acheté au café littéraire francophone. Vous pouvez le dédicacer?» Mamadou Sow est un peu gêné mais signe. L’ouvrage* est titré La Route à bout de bras. Il l’a écrit avec l’aide d’Elisabeth Zurbriggen, une Genevoise qui a rencontré le jeune Guinéen, il y a deux ans de cela. Elle raconte: «Je travaille de temps en temps comme bénévole au Refuge solidaire de Briançon dans les Hautes-Alpes. Le 31 décembre 2018, j’ai vu ce garçon et j’ai pensé qu’il venait réveillonner avec les migrants. En fait, il était en voyage et j’ai appris qu’il avait fait tout le trajet depuis la Guinée à la force de ses bras, en traînant ses jambes inertes.» Improbable histoire à l’image de celles que vivent tant de requérants d’asile africains.