Mauvaise soirée pour Jeb Bush. L’ex-gouverneur de Floride n’est pas parvenu à Boulder, Colorado, à rassurer ses électeurs et ses bailleurs de fonds lors du troisième débat télévisé entre candidats républicains à la Maison-Blanche diffusé sur la chaîne CNBC. Sous pression avant la joute de mercredi soir en raison de sondages défavorables, il s’en est pris violemment à un autre candidat de l’establishment, Marco Rubio.

Jeb Bush a reproché au sénateur de Floride ses absences du Congrès, ajoutant que la charge de travail d’un élu du Capitole ne pouvait se limiter à une semaine de travail «à la française», en référence aux 35 heures en vigueur dans l’Hexagone. Son attaque a toutefois eu un effet boomerang tant elle semblait préméditée.

Ovation pour Marco Rubio

Marco Rubio est resté calme, se contentant de déclarer que son adversaire avait sans doute été convaincu par son staff de passer à l’offensive pour relancer sa campagne électorale en panne. Sa manière de piéger Jeb Bush lui a valu une ovation du public. A la fin du débat, le frère de George W. Bush peinait à cacher sa frustration.

En dépit de dépenses électorales importantes en Iowa et dans le New Hampshire, les premiers Etats à organiser les primaires républicaines au début février, il n’arrive pas à remonter la pente. Même la notoriété et la mobilisation des Bush, qui étaient réunis ce week-end à Houston pour tenter de redynamiser la candidature de celui qui est décrit comme le plus «intelligent » de la famille, ne semble pas produire les effets escomptés.

Axé sur l’économie, le débat n’a pas permis d’avoir une vision beaucoup plus claire de la manière dont les onze candidats républicains comptent relancer l’emploi et la croissance. Il a en revanche donné lieu à des attaques musclées contre la chaîne CNBC et les médias en général.


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Un grand classique dans les primaires et pré-primaires républicaines. Le milliardaire Donald Trump, en tête des sondages pendant plus de cent jours avant d’être récemment dépassé par un autre candidat anti-establishment Ben Carson, a sermonné une journaliste, contestant des faits pourtant avérés sur le site de sa campagne électorale. Marco Rubio a enfoncé le clou, dénonçant le fait que le principal super-PAC (comité d’action politique) des démocrates, ce sont «les médias traditionnels».

Pour Ted Cruz, il n’est pas étonnant, au vu des questions dérangeantes posées par les journalistes économiques de CNBC, que les «Américains n’aiment pas les médias». Président du Parti républicain, Reince Preibus en a rajouté: «CNBC devrait avoir honte de la manière dont elle a géré le débat.» L’autre victime du débat fut incontestablement Washington. Carly Fiorina, l’ex-PDG de Hewlett-Packard, Donald Trump et Ted Cruz furent les plus virulents critiques de l’Etat fédéral. Ils ont entonné le credo de Ronald Reagan selon lequel l’Etat «est le problème et non la solution».

Ted Cruz très à l'aise

Le match entre candidats contre l’élite du Grand Vieux Parti et ceux incarnant l’establishment a tourné à l’avantage d’un prétendant à la Maison-Blanche qui est en embuscade derrière Donald Trump et Ben Carson: le sénateur du Texas Ted Cruz. A l’aise, il a véhiculé un message clair sur la nécessité de réformer le code fiscal pour le réduire à une «carte postale» afin de pouvoir abolir l’Internal Revenue Service (IRS), le fisc américain.

Il a dénoncé la politique monétaire menée par la Réserve fédérale depuis la présidence de Ben Bernanke, estimant qu’elle a avant tout profité au 1% d’ultra-riches et à Wall Street et détérioré les conditions des démunis et de la classe moyenne. A ses yeux, la Fed doit retourner à sa mission originelle, celle d’assurer la stabilité monétaire du pays quitte même à réintroduire l’étalon or. Beaucoup estiment que Ted Cruz serait le premier bénéficiaire d’un effondrement dans les sondages ou d’un retrait de Donald Trump de la course à la Maison-Blanche.

Parmi l’establishment, Marco Rubio a sans doute marqué des points même si son discours demeure très général. Jugé plus modéré bien que conservateur, John Kasich, gouverneur d’Ohio, un Etat clé pour remporter la présidentielle, est exaspéré par la vacuité des propos de Donald Trump et de Ben Carson.

«Il faut être réaliste», a-t-il souligné, précisant que les propositions d’allègement de la fiscalité formulées par Donald Trump creuseraient un trou de plusieurs milliards de dollars dans le budget fédéral. Il a également jugé fantaisiste la volonté du magnat de l’immobilier de renvoyer onze millions de clandestins dans leurs pays respectifs.

Trump et les armes à feu

Un jour avant le débat, John Kasich avait déjà exprimé l’exaspération de politiques «raisonnables» face aux deux candidats populistes en tête des sondages, Donald Trump et Ben Carson. S’il compte parmi les plus présidentiels des candidats républicains, John Kasich éprouve toutefois des difficultés à exprimer au mieux son message dans le cadre de débats qui le desservent.

Dans un genre plus comique, Donald Trump a déclaré qu’il avait un droit de port d’arme à New York, mais qu’il n’avait pas une arme constamment sur lui afin de maintenir l’effet de surprise. Il n’aurait rien contre le fait que ses employés soient eux aussi armés. Au lendemain de la fusillade de Roseburg en Oregon, il avait entonné un credo cher à la National Rifle Association, le puissant lobby des armes à feu, estimant que si le personnel du lycée de Roseburg avait été armé, le nombre de victimes n’aurait pas été aussi élevé.