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Extrême orient

L’ONU accuse la Corée du Nord d’exterminer une partie de sa population

La commission d’enquête de l’ONU a rendu un rapport accablant sur les crimes contre l’humanité commis par le régime nord-coréen. Elle recommande une saisie de la CPI et prévient le cher leader Kim Jung-un qu’il pourrait être personnellement jugé responsable

Politique d’extermination en Corée du Nord

ONU Enquête sans précédent sur les crimes commis par le régime

Le cher leader Kim Jong-un est mis en garde

Extermination. Le mot est lâché. La Corée du Nord est pour la première fois accusée d’éliminer une partie de sa population. C’est l’une des conclusions de la commission d’enquête de l’ONU qui a rendu son rapport lundi, un document accablant de 372 pages. Torture systématique, disparitions, avortements forcés, infanticides, enlèvement de ressortissants étrangers, en particulier sud-coréens et japonais: les crimes du régime nord-coréen sont connus mais jamais une description aussi détaillée n’en avait été faite.

«Quand un témoin ayant vécu dans un camp vous raconte comment il devait ramasser les corps des détenus, les brûler et éparpiller les cendres dans les environs comme fertilisant, malheureusement, cela vous rappelle les images de la fin de la Seconde Guerre mondiale», a déclaré Michael Kirby, le président de cette commission.

«Beaucoup de gens avaient alors dit: si seulement nous avions su… Aujourd’hui, la communauté internationale ne pourra pas dire qu’elle ne savait pas», a estimé cet ancien juge australien. La Corée du Nord a refusé d’accueillir et de collaborer avec les enquêteurs de l’ONU. Michael Kirby ne ferme pas pour autant la porte d’un dialogue avec Pyongyang et appelle le régime nord-coréen à entamer des «réformes radicales».

Dans une lettre adressée le 20 janvier au cher leader Kim Jong-un, l’Australien l’a toutefois prévenu qu’il pourrait être personnellement responsable des crimes contre l’humanité commis dans son pays si la Cour pénale internationale devait un jour être saisie, comme le recommande la commission.

L’arrivée au pouvoir de ce trentenaire éduqué en Suisse, féru de sport et de nouvelles technologies, avait pourtant fait naître des espoirs de changement. Des espoirs déçus, surtout depuis l’élimination de son oncle Jang Song-taek en décembre 2013, second personnage le plus puissant du régime, condamné et exécuté trois jours plus tard. «Cela montre la violence du système», conclut le président de la commission onusienne.

Parmi les nombreux chefs d’accusation figurait le fait de ne pas s’être levé et de ne pas avoir suffisamment applaudi son neveu lors d’une cérémonie officielle, peut-on lire dans le rapport. En Corée du Nord, s’abstenir de toute critique ne suffit pas à s’éviter des ennuis. Il faut aussi constamment manifester son enthousiasme à l’égard de la dynastie des Kim.

L’endoctrinement commence dès le plus jeune âge, notamment par la participation à d’énormes parades à la gloire du cher leader. Une ancienne professeure de sport réfugiée au Japon a raconté à la commission comment ses étudiants étaient obligés de s’exercer à ces parades pendant six mois jusqu’à épuisement. «Un enfant mort d’une appendicite pendant ces répétitions était cité en héros», a-t-elle témoigné.

Il aura fallu neuf mois pour rassembler les témoignages de victimes mais aussi d’anciens membres de l’appareil répressif nord-coréen qui ont fait défection. Faute d’être autorisée à se rendre dans le pays ermite, la commission a organisé des audiences publiques à Séoul, à Tokyo, à Londres et à Washington, qui sont aujourd’hui visibles sur ­Internet. Plus de 80 témoins y ont participé. Par peur des représailles, 240 autres personnes ont préféré garder l’anonymat.

Ahn Myong-chol a choisi d’apparaître en plein jour. Cet ancien garde a servi dans les camps de prisonniers politiques où sont ­toujours détenues entre 80 000 et 120 000 personnes considérées comme «irrécupérables». «Les détenus ne sont pas traités comme des êtres humains. Ils sont censés ne jamais être libérés et leur dossier est effacé de façon permanente. Ils sont supposés mourir dans le camp à cause du travail forcé.»

Malgré les témoignages et des photos satellite, Pyongyang con­tinue de nier l’existence de ces camps. Selon la commission d’enquête, des centaines de milliers de Nord-Coréens y ont péri depuis leur création dans les années 1950 sur le modèle du goulag soviétique. A ce bilan supposé, il faut ajouter les centaines de milliers de Nord-Coréens morts de faim à la fin des années 1990. «Je ne crois pas que le régime voulait qu’ils meurent en si grand nombre, mais il n’a rien fait pour empêcher la famine», lâche Michael Kirby.

Le mandat de l’ancien juge s’achèvera le mois prochain, une fois le rapport présenté devant le Conseil des droits de l’homme, qui l’avait mandaté en mai 2013. Il appartiendra aux Etats membres de décider de la suite à donner à cette enquête.

«Les détenus sont censés ne jamais être libérés car ils doivent mourir dans le camp à cause du travail forcé»

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