Viols en Centrafrique

L’ONU contrainte de réintégrer le lanceur d’alerte Anders Kompass

L’ONU, qui avait suspendu Anders Kompass, à l’origine des révélations sur les viols commis par des soldats français en Centrafrique, a été désavoué par un tribunal interne. Le Suédois est de retour à son poste mais sa réintégration ne fait pas l’unanimité

L’ONU contrainte de réintégrerle lanceur d’alerte Anders Kompass

Genève Le Suédois, à l’origine des révélations sur les viols en Centrafrique, de retour à son poste

Sa réintégration ne fait pas l’unanimité

C’est un désaveu cinglant pour l’ONU, qui avait suspendu le 17 avril le Suédois Anders Kompass, à l’origine des révélations sur les enfants centrafricains abusés par des soldats français. Mardi, le Tribunal du contentieux, une instance interne à l’ONU basée à New York, a ordonné la réintégration immédiate du directeur des opérations du Haut-Commissariat aux droits de l’homme.

Le Suédois «a donc repris du service», a indiqué mercredi Rupert Colville, le porte-parole du haut-commissaire, Zeid Ra’ad al-Hussein, qui avait demandé la suspension de son proche collaborateur. Anders Kompass n’est pas pour autant blanchi. Il est toujours visé par une enquête administrative portant sur sa gestion de ce scandale. L’ONU l’accuse d’avoir mis en danger les enfants ainsi que des témoins et enquêteurs en diffusant leur nom.

Au Palais Wilson, siège de l’organisation, la réintégration du haut fonctionnaire, au bénéfice d’une carrière de trente ans à l’ONU, est loin de faire l’unanimité. «C’est tout le contraire d’un lanceur d’alerte. S’il avait été motivé par le sort des enfants centrafricains, il ne se serait pas empressé de transmettre le dossier à la France, qui n’a toujours pas annoncé la moindre sanction contre les soldats accusés», dénonce une source interne. La justice française avait ouvert le 31 juillet 2014 une enquête contre 14 soldats, dont certains auraient depuis été identifiés.

Mardi, lors d’une conférence téléphonique, Paola Donovan, codirectrice d’AIDS Free World, a estimé que les reproches faits par l’ONU à Anders Kompass étaient «totalement déplacés». Cette ancienne collaboratrice de l’Unicef, qui a eu accès au rapport et l’a transmis au quotidien britannique The Guardian à la mi-avril, a estimé qu’elle «aurait fait la même chose» que le Suédois. Selon elle, «les soldats français ont continué à abuser des enfants dans le camp de déplacés près de l’aéroport à Bangui après le début de l’enquête de l’ONU. Mettre fin à ces actes horribles en fournissant un maximum d’informations à la justice française était le plus urgent.» Au contraire, «Anders Kompass aurait dû d’abord s’assurer que les enfants étaient bien protégés avant de transmettre leur identité à la France. Si nous agissons ainsi, plus aucune victime n’osera s’adresser à nous», déplore la même source au Haut-Commissariat. La chaîne de télévision I-Télé a diffusé mardi le témoignage de deux Centrafricains. Tous deux ont raconté comment les enfants du camp de déplacés obtenaient des biscuits auprès des soldats français contre des fellations.

Le haut-commissaire aux Droits de l’homme avait lancé une enquête au printemps 2014 après avoir eu vent d’abus sexuels commis par des soldats français de l’opération «Sangaris». Paris était intervenu en Centrafrique en décembre 2013 pour empêcher les massacres interethniques. Six enfants avaient accepté de témoigner, certains âgés de 8 ou 9 ans.

Anders Kompass a révélé devant le tribunal du contentieux avoir reçu le rapport explosif à la mi-juillet 2014. Le 23 juillet, il l’a transmis à la mission permanente française auprès des Nations unies à Genève. Le Suédois affirme en avoir informé «peu après» sa supérieure hiérarchique, la haut-commissaire adjointe, l’Italienne Flavia Pansieri, un fait mis en doute par l’ONU et qui devra être éclairci par l’enquête administrative.

Anders Kompass dit toutefois n’avoir été inquiété que des mois plus tard, plus exactement le 12 mars 2015. Le directeur des opérations est alors convoqué par sa supérieure, Flavia Pansieri. Laquelle l’informe que Zeid Ra’ad al-Hussein a demandé sa démission. Entré en fonction en été 2014, le Jordanien venait apparemment d’être mis au courant de toute cette affaire.

Le Suédois rapporte aussi que sa tête était réclamée par le Français Hervé Ladsous, le puissant sous-secrétaire général des Nations unies qui a la haute main sur les opérations de maintien de la paix. Au moment des faits, les soldats français accusés de viol n’étaient pas sous commandement onusien. Mais le Conseil de sécurité de l’ONU avait dès décembre 2013 donné son feu vert à l’intervention de la France en Centrafrique. «Malgré l’accumulation de scandales, L’ONU continue de couvrir les abus commis par les Casques bleus, parce qu’elle a toutes les peines du monde à trouver des pays qui acceptent de fournir des troupes», analyse un spécialiste de la question, sous couvert de l’anonymat.

Le Suédois dit que sa tête était réclamée par le sous-secrétaire général de l’ONU, un Français

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