La résolution a été acceptée par 37 voix, contre quatre (Russie, Chine, Cuba et Equateur) et six abstentions (Angola, Bangladesh, Cameroun, Inde, Philippines, Ouganda). La Suisse a voté en faveur du texte.

Le Conseil endosse les recommandations de la commission internationale d’enquête. Il transmet son rapport au secrétaire général de l’ONU et à tous les organes pertinents de l’ONU pour qu’ils prennent «les mesures appropriées».

Le rapporteur spécial devra surveiller la situation des droits de l’homme en Syrie et la mise en œuvre des recommandations de la commission d’enquête. Celle-ci avait rendu lundi un rapport accablant et dénoncé l’existence de crimes contre l’humanité commis par les forces de sécurité syriennes depuis le mois de mars.

Si l’isolement diplomatique du régime de Damas s’est ainsi encore renforcé, la Russie, la Chine et Cuba ont continué de soutenir Damas. Ces trois pays, avec comme seul soutien l’Equateur, ont demandé un vote et se sont opposés à la résolution. La Russie a dénoncé un texte «unilatéral et politisé».

Son représentant a estimé que la résolution est «partiale», car «elle impute la faute uniquement au gouvernement syrien» et «ignore les crimes graves commis par les forces antigouvernementales». Le délégué de Moscou a aussi rejeté la mention dans la résolution de «crimes contre l’humanité».

Il a déploré un «appel clair à l’ingérence dans les affaires intérieures» de la Syrie qui «enflamme le conflit» et «attise l’antagonisme». Cuba a accusé de son côté les Occidentaux de vouloir «refaire en Syrie ce qu’ils ont fait en Libye». La Chine s’est aussi opposée à l’adoption de la résolution, présentée par la Pologne au nom de l’Union européenne.

La Haut Commissaire de l’ONU Navi Pillay avait ouvert les débats de la session spéciale en dénonçant la poursuite sans relâche de la répression. «La répression brutale et continue des autorités syriennes, si elle n’est pas stoppée maintenant, pourrait conduire le pays dans une situation de guerre civile», a averti la Haut Commissaire.

Elle a affirmé que plus de 4000 personnes sont mortes dans les violences depuis le mois de mars, des dizaines de milliers de personnes ont été arrêtées et que plus de 14’000 personnes sont détenues en relation avec la répression. Au moins 12’400 personnes ont trouvé refuge dans les pays voisins.

«Au vu de l’échec patent des autorités syriennes de protéger leurs citoyens, la communauté internationale doit prendre des mesures urgentes et efficaces pour protéger la population syrienne», a affirmé Mme Pillay. «Le rapport de la commission d’enquête renforce la nécessité et l’urgence de traduire les responsables en justice», a déclaré la Haut Commissaire.

Le mois de novembre a vu la mort de 56 enfants dans les violences en Syrie, a précisé le président de la commission d’enquête internationale Paulo Pinheiro. Au total, au moins 307 enfants ont été tués par les forces de sécurité syriennes, a-t-il dit.

«Les enfants ne sont pas épargnés. Selon des sources fiables, jusqu’à aujourd’hui, 307 enfants ont été tués par les forces de sécurité. Novembre a été le mois le plus sanglant jusqu’ici avec 56 enfants tués», a déclaré le juriste brésilien.

La Suisse a, elle aussi, condamné les violations commises par les forces de sécurité syriennes et a demandé à Damas de cesser immédiatement les violences. Elle s’est aussi déclarée en faveur de la saisie de la Cour pénale internationale (CPI).

«La Suisse salue le rapport de la commission d’enquête internationale et soutient ses recommandations», a affirmé l’ambassadeur de Suisse à l’ONU Dante Martinelli. «Selon ce rapport, les forces de sécurité syriennes auraient commis des crimes contre l’humanité», a-t-il souligné.

«La Suisse souhaite que le Conseil de sécurité de l’ONU défère la situation en Syrie au procureur de la Cour pénale internationale», a déclaré le représentant du Département fédéral des Affaires étrangères (DFAE).

D’autres pays, par contre, tout en condamnant les violences en Syrie, n’ont pas souhaité que la CPI soit mentionnée dans le texte. Les Etats-Unis, qui n’ont pas ratifié les statuts de la Cour, se sont opposés à une mention explicite du renvoi du rapport de la commission d’enquête au Conseil de sécurité de l’ONU.

Seul le Conseil de sécurité de l’ONU peut décider de saisir la CPI, une éventualité peu probable vu le soutien continu de la Russie et de la Chine au régime de Damas.