Le Conseil de sécurité de l’ONU a demandé mardi une enquête sur l’intervention militaire israélienne lundi contre une flottille pro-palestinienne chargée d’aide humanitaire pour Gaza, ainsi que la libération immédiate des navires et des civils détenus.

Il a appelé «à lancer sans retard une enquête impartiale, crédible et transparente conforme aux critères internationaux», dans une déclaration lue en son nom mardi matin par son président en juin, l’ambassadeur du Mexique Claude Heller.

Selon des diplomates, les Etats-Unis, traditionnels protecteurs d’Israël à l’ONU, ont bataillé ferme avec la Turquie, rédactrice du texte, pendant des discussions qui ont duré plus de 12 heures, pour éviter une déclaration plus dure à l’égard de l’Etat hébreu. Ils ont ainsi obtenu que l’appel ne porte pas sur une enquête «indépendante», jugeant qu’Israël était parfaitement à même de mener lui-même cette enquête.

«Nous soutenons une enquête israélienne», a déclaré à la presse l’ambassadeur américain adjoint, Alejandro Wolff. «Nous sommes convaincus qu’Israël peut mener rapidement en interne une enquête crédible, impartiale et transparente».

Mais M. Heller a semblé interpréter le texte comme signifiant que ce serait au secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, de nommer un enquêteur indépendant pour mener l’investigation. «Nous pensons que le secrétaire général et le système onusien ont une responsabilité à assumer là-dessus», a-t-il dit.

480 passagers en détention Par ailleurs, le Conseil réclame «la libération immédiate des navires ainsi que des civils détenus par Israël», selon la déclaration qui est non contraignante mais a nécessité l’unanimité des 15 membres du Conseil pour être adoptée.

480 passagers, qui étaient à bord de la flottille pour Gaza de militants pro-palestiniens attaquée par la marine israélienne étaient détenus mardi en Israël, tandis que 48 étaient en voie d’expulsion, a annoncé la radio publique israélienne.

Lundi soir, la Suède annonçait que l’écrivain Henning Mankell, auteur de romans policiers à succès, et huit autres ressortissants suédois étaient à bord de la flottille et avaient été arrêtés. Parmi les détenus figure étalement Kamal Khatib, président du Haut comité de suivi des Arabes israéliens, la plus importante organisation de cette communauté de 1,3 million de personnes, qui a appelé mardi à une journée de grève et de manifestations en Israël.

«Condamner dans les termes les plus forts» Le Conseil a «regretté profondément» les pertes en vies humaines et blessures «ayant résulté de l’usage de la force durant l’opération militaire israélienne dans les eaux internationales contre le convoi se dirigeant vers Gaza». Et il a condamné «les actes qui ont résulté en la perte d’au moins dix vies humaines et fait de nombreux blessés».

Le texte initial visait à «condamner dans les termes les plus forts l’attaque israélienne». De même, la déclaration finale, si elle reconnaît que la situation à Gaza «n’est pas tenable», ne comporte pas d’appel explicite à la levée du blocus, que de nombreux pays avaient pourtant réclamée lors du débat public lundi.

Elle souligne seulement «la nécessité d’un flux soutenu et régulier de biens et de personnes vers Gaza, et de la fourniture et distribution sans entrave d’aide humanitaire dans tout le territoire».

Le Conseil rappelle également son attachement à la solution à deux Etats, «avec un Etat palestinien indépendant et viable vivant en paix et en sécurité à côté d’Israël et des autres voisins», comme seul moyen d’apporter la paix à la région.

Enfin, il exprime son soutien aux discussions de proximité (les négociations indirectes entre Israël et les Palestiniens sous l’égide des Etats-Unis, ndlr) et se dit «préoccupé du fait que cet incident survient alors que ces discussions sont en cours». «Il exhorte les parties à faire preuve de retenue et à éviter tout acte unilatéral et de provocation».

Le débat avait démarré lundi sur une violente diatribe du ministre turc des Affaires étrangères, Ahmet Davutoglu, affirmant qu’Israël avait perdu toute légitimité internationale. «C’est une grave violation du droit international. En termes simples, cela équivaut à du banditisme et à de la piraterie, au meurtre d’Etat», avait dit M. Davutoglu. «Un Etat qui suit ce chemin a perdu sa légitimité en tant que membre respecté de la communauté internationale», avait ajouté le ministre.