Diplomatie

A l’ONU, Donald Trump poursuit sa croisade anti-Iran

Lors de son deuxième discours devant l’Assemblée générale des Nations unies depuis son arrivée à la Maison-Blanche, le président américain a réitéré le mantra isolationniste de l’Amérique et surtout martelé la nécessité d’isoler le régime iranien

Le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo s'est dit mardi «dérangé et profondément déçu» par l'annonce d'un mécanisme européen visant à permettre aux pays et entreprises étrangères d'échapper aux sanctions des Etats-Unis contre l'Iran. «C'est l'une des mesures les plus contre-productives que l'on puisse imaginer pour la paix et la sécurité régionales», a protesté le secrétaire d'Etat américain devant le groupe de pression United Against Nuclear Iran, à New York. Il a accusé l'Union européenne de «renforcer l'Iran dans son statut de premier Etat soutien du terrorisme».

Donald Trump est venu s’exprimer pour la deuxième fois de sa présidence à la tribune de l’Assemblée générale des Nations unies, que le secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo décrit comme le «Super Bowl» de la diplomatie. Il a largement vanté le bilan de son an et demi à la Maison-Blanche: «En moins de deux ans, mon administration a accompli davantage que presque toutes les administrations dans l’histoire de notre pays.» Après le discours incendiaire qu’il avait tenu en septembre 2017, promettant de détruire totalement la Corée du Nord si elle n’obtempérait pas, on s’attendait à ce que le président américain enflamme une nouvelle fois le siège de l’ONU à New York. Il n’en fut rien.

Expansionnisme iranien

Donald Trump a adopté cette fois-ci un ton moins belliqueux, parfois presque soporifique. S’il a axé une bonne partie de son intervention sur le slogan de «l’Amérique d’abord», sur le patriotisme et la souveraineté des Etats-Unis, il n’a pas omis celui qui est désormais l’ennemi public numéro un de l’administration Trump: l’Iran. Il a dénoncé ce qu’il considère comme une «dictature corrompue» avant d’ajouter: «Nous ne pouvons pas permettre au principal soutien du terrorisme dans le monde de posséder les armes les plus dangereuses de la planète», ou de «menacer l’Amérique» ou Israël.

Il a dénoncé l’attitude agressive et l’expansionnisme iranien au Moyen-Orient, notamment en Irak et en Syrie. Il s’est félicité du soutien qu’il a obtenu de plusieurs pays de la région pour sa décision de retirer les Etats-Unis de l’accord sur le nucléaire iranien conclu en 2015 par les cinq membres permanents du Conseil de sécurité, l’Allemagne et l’Iran. Un accord qui «a permis à l’Iran de faire croître son budget de 40%» pour, dit-il, construire des missiles nucléaires, financer le terrorisme et semer le chaos au Moyen-Orient.

Le «Super Bowl» de la diplomatie

Le président américain cherche à reproduire le scénario «nord-coréen»: exercer une pression maximale sur Téhéran et forcer le régime iranien à négocier. Or, dans le «Super Bowl» de la diplomatie, chaque situation est différente. S’il est indéniable que les pressions exercées par Washington sur le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un ont sans doute en partie contribué au dégel entre Pyongyang et Washington et permis la rencontre entre les deux chefs d’Etat à Singapour, la méthode Trump par rapport à la Corée est encore loin d’avoir produit des résultats tangibles.

Aucun calendrier n’a été fixé pour la dénucléarisation de la péninsule coréenne, et surtout l’administration Trump et le régime nord-coréen n’ont pas la même définition de ce que signifie dénucléarisation. Seul fait tangible: Pyongyang a renoncé pour l’heure à tester de nouveaux missiles et à en exhiber lors de parades.

L’Iran n’est pas la Corée

Avec l’Iran, les choses sont plus compliquées. Quelques heures avant que le président américain ne s’adresse à l’Assemblée générale, les ministres des Affaires étrangères français, allemand, britannique, chinois et russe réaffirmaient à travers un communiqué qu’ils allaient continuer à respecter et à mettre en œuvre l’accord nucléaire. Ils rappelaient en passant que l’Agence internationale de l’énergie atomique à Vienne a confirmé dans douze rapports que Téhéran respecte pleinement ses obligations.

Un pied de nez pour Donald Trump qui, mardi, s’est félicité d’avoir retiré l’Amérique d’un accord souvent décrit comme l’un des plus grands succès de la diplomatie. Par ailleurs, Kim Jong-un n’est ni Hassan Rohani, le président iranien, ni Ali Khamenei, le guide suprême. La complexité du régime iranien, dont les décisions résultent souvent d’un consensus, rend une éventuelle rencontre entre Hassan Rohani et Donald Trump moins évidente.

Téhéran espère maintenir le pays à flot

Affaibli par le fait que l’accord nucléaire n’a pas produit les effets économiques escomptés et que la Maison-Blanche impose désormais de nouvelles sanctions visant à étrangler l’économie du pays, le président iranien n’est pourtant pas prêt à céder aux appels de Trump. Malgré les huit demandes de rencontre présentées par les Américains au cours de l’année écoulée, dixit Rohani, ce dernier ne voit pas l’intérêt d’y répondre favorablement dans un contexte qui n’est ni approprié, ni bénéfique aux intérêts de l’Iran.

Téhéran mise sur le long terme, espérant pouvoir maintenir le pays à flot malgré les nouvelles sanctions américaines contre les exportations de pétrole imposées à l’Iran à partir du 4 novembre prochain. Il a aussi un intérêt à montrer que dans le dossier nucléaire, l’Iran est, contrairement aux Etats-Unis, le bon élève qui respecte un accord international entériné par une résolution du Conseil de sécurité. Téhéran pourrait finalement tenter de résister jusqu’à l’arrivée d’un nouveau président à la Maison-Blanche.

Trump au Conseil de sécurité

L’obsession anti-iranienne de l’actuelle administration américaine, inspirée notamment par le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane et le premier ministre israélien Benyamin Netanyahou, va connaître son apothéose aujourd’hui à New York. Pour la première fois, Donald Trump (les Etats-Unis exercent la présidence tournante pour le mois de septembre) va présider une séance du Conseil de sécurité consacrée à l’Iran et à la non-prolifération nucléaire.

Une séance qui ne manquera pas de piquant. Dans la salle siégera… Hassan Rohani. De peur d’assister à une confrontation directe entre les deux présidents, voire avec les Européens, Russes et Chinois, l’entourage de président américain a cherché à faire en sorte que Donald Trump ne puisse pas laisser libre cours à ses instincts, six semaines avant les élections de mi-mandat pour le Congrès.


COMMENTAIRE

Le dangereux retour à l’unilatéralisme

Le patron de l’ONU, Antonio Guterres, a tiré la sonnette d’alarme mardi à New York. Face au délitement des principes démocratiques, il appelle à un sursaut. Pendant ce temps, Donald Trump dit exactement le contraire

Le contraste n’aurait pas pu être plus saisissant. Mardi à New York, le secrétaire général de l’ONU a mis en garde contre l’avènement de graves crises qui attendent la planète si les Etats membres ne coopèrent pas: assaut contre les principes démocratiques et érosion des valeurs universelles, incapacité de relever le défi du changement climatique, avènement d’un ordre global sans règles. Antonio Guterres a pris la mesure du temps et de l’urgence: le multilatéralisme est en crise «précisément au moment où nous en avons le plus besoin» et où un nombre croissant d’Etats se barricadent et remettent en question la coopération internationale.

L’Arabie saoudite, Israël et la Pologne érigés en modèles

A la tribune des Nations unies, Donald Trump a émis un message aux antipodes de Guterres. Il s’est félicité d’avoir retiré les Etats-Unis de l’Accord de Paris sur le climat et du Partenariat transpacifique. Il s’est vanté de mettre en place la plus forte armée jamais constituée, de construire un mur pour mettre fin à l’immigration illégale. Il a fustigé le Conseil des droits de l’homme, qui «critique les Etats-Unis et leurs amis» et la Cour pénale internationale qui n’a «aucune autorité ni légitimité». Les modèles à suivre, selon Trump, en matière de défense de la souveraineté, sont l’Arabie saoudite, Israël et la Pologne.

Comme le relève le politologue Robert Kagan, en prônant «l’Amérique d’abord», Trump pourrait bien ne pas être une «aberration» de l’histoire, mais un retour à une certaine constance de la politique étrangère américaine de l’entre-deux-guerres. Pour rappel, il a fallu qu’Hitler conquière une bonne partie de l’Europe et l’attaque de Pearl Harbor pour que l’opinion publique, réticente à tout aventurisme à l’étranger, appuie le rétif président «internationaliste» Franklin Roosevelt afin que l’Amérique intervienne. En Europe, le nationalisme et le protectionnisme mettent en danger la construction européenne. Dans un monde hyper-globalisé et hyper-connecté, le repli durable et l’unilatéralisme des Etats-Unis seraient aussi une très mauvaise nouvelle, aux conséquences incalculables.

S.B.

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