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Fait révélateur: il y a quelques mois, l’ONU envisageait de réduire à une langue, l’anglais, les textes rédigés dans le cadre des organes de traités de droits de l’homme.
© MARTIAL TREZZINI / Keystone

réforme

L’ONU Genève va délocaliser 46 postes administratifs à Budapest

Le secrétariat général des Nations unies à New York veut concentrer certaines activités administratives de l’ONU sur trois sites, Budapest, Mexico et Nairobi. A Genève, on craint que le français ne soit le dindon de la farce

Quarante-six postes administratifs du Palais des Nations à Genève vont être délocalisés à Budapest à partir du 1er janvier 2019. Cette mesure, qui doit encore être confirmée par une décision des Nations unies à New York en juin prochain, découle d’une réforme entamée sous le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon, mais qui s’inscrit comme un élément clé du programme de rationalisation annoncé par son successeur, Antonio Guterres.

Le projet de délocalisation intitulé «Dispositif de prestation de services centralisée (GSDM)» vise à concentrer les services administratifs onusiens traitant des ressources humaines, des paiements, des voyages ainsi que la passation de marchés. Les délocalisations toucheront d’autres sites onusiens chargés de tâches administratives pour le secrétariat général de l’ONU. Au total, elles concerneront 687 postes. Des 18 sites actuels, il n’en restera plus que trois: Mexico, Budapest et Nairobi.

Un coup au moral

Secrétaire exécutive du Conseil de coordination du personnel de l’Office des Nations unies à Genève, Prisca Chaoui ne cache pas son courroux: «Genève est le deuxième centre le plus important de l’ONU. On nous parle d’économies, mais nous avons nos doutes.» Prisca Chaoui rappelle que le personnel des Nations unies à Genève vient d’être touché par des mesures d’économies. Une baisse de salaire de 5,1% a été mise en œuvre pour une bonne partie du personnel. «C’est une nouvelle décision qui va peser sur le moral des troupes», ajoute la secrétaire exécutive.

Ce qui indispose aussi le Conseil de coordination du personnel, ce sont les choix de trois sites dont aucun n’affiche le français comme langue officielle. Or, regrette Prisca Chaoui, contrairement aux promesses faites à New York, le français sera la grande victime du programme de rationalisation. Elle doute que le personnel engagé localement dans la capitale hongroise n'ait des compétences linguistiques particulières en français. A ses yeux, le plan de délocalisation «entraîne la mort lente de l’usage du français au Secrétariat de l’ONU». Elle est convaincue qu’il aura des conséquences fâcheuses sur la gestion des missions de maintien de la paix en Afrique francophone.

Oui, c’est une mort lente du français dans le cadre du fonctionnement de l’ONU

Henri Monceau, représentant permanent de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF) auprès de l’ONU à Genève

Contacté par Le Temps, le représentant permanent de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF) auprès de l’ONU à Genève, Henri Monceau, partage les mêmes craintes. «Quand on parle de multilinguisme dans le cadre onusien, on évoque surtout la partie émergée de l’iceberg, à savoir la relation de l’ONU avec les Etats membres. On s’occupe par contre beaucoup moins du fonctionnement interne des services onusiens.» Henri Monceau parle même de «dérive» à voir le nombre de hauts fonctionnaires qui ne maîtrisent que l’anglais, en particulier dans le domaine des droits de l’homme. Fait révélateur: il y a quelques mois, l’ONU envisageait de réduire à une langue, l’anglais, les textes rédigés dans le cadre des organes de traités de droits de l’homme. «Oui, c’est une mort lente du français dans le cadre du fonctionnement de l’ONU», déplore le représentant permanent de l’OIF.

La délocalisation de 46 postes à Budapest passe mal auprès de Prisca Chaoui pour une autre raison: «Il est ironique qu’on déplace du personnel international dans un pays, la Hongrie, qui, ces temps-ci, dénigre le multilatéralisme et opte pour une politique très dure en matière d’immigration.»

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