Europe

L'ONU juge illégales les expulsions collectives de migrants prévues dans l'accord Turquie-UE

Le projet d'accord entre Ankara et l'UE prévoit notamment de renvoyer les demandeurs d'asile syriens vers la Turquie. Une violation du droit international et européen selon l'ONU

Son inquiétude est profonde. Le Haut-Commissaire de l'ONU aux droits de l'Homme a jugé jeudi «illégales» les expulsions collectives de migrants figurant dans le projet d'accord entre Ankara et l'UE, qui prévoit notamment de renvoyer les demandeurs d'asile syriens vers la Turquie.

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«L'ébauche d'accord entre l'Union européenne et la Turquie soulève un certain nombre de graves inquiétudes. Je suis notamment préoccupé par les possibles expulsions collectives et arbitraires, qui sont illégales», a déclaré Zeid Ra'ad Al Hussein, devant le Conseil des droits de l'Homme des Nations unies à Genève.

Violation du droit international et européen

«Les restrictions aux frontières» qui ne prennent pas en considération le parcours de chaque individu «violent le droit international et européen», a-t-il insisté. Il a indiqué qu'il comptait discuter de ces questions avec les responsables européens lors de sa visite à Bruxelles au début de la semaine prochaine, avant le sommet européen des 17 et 18 mars.

«Aujourd'hui, en violation des principes fondamentaux de la solidarité, de la dignité humaine et des droits de l'Homme, la course visant à repousser ces personnes s'accélère», a déploré Zeid Ra'ad Al Hussein, tout en soulignant «la générosité» avec laquelle l'Allemagne a accueilli environ un million de migrants l'an passé, et les «efforts» de la Grèce, en 2015, pour éviter qu'ils soient détenus ou refoulés.

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Les ministres de l'Intérieur des pays de l'UE se réunissent jeudi à Bruxelles pour discuter une nouvelle fois de la crise migratoire, et notamment des mesures controversées en négociation avec la Turquie, alors que la route des Balkans s'est fermée.

Le volet le plus spectaculaire de l'ébauche d'accord UE-Turquie, contesté par les ONG et qui ne fait pas l'unanimité parmi les 28, verrait Ankara accepter la réadmission sur son territoire de tous les migrants arrivés clandestinement en Grèce, y compris les Syriens qui fuient la guerre dans leur pays. En échange, les Européens s'engageraient, pour chaque Syrien renvoyé, à transférer un réfugié syrien depuis la Turquie vers le territoire de l'UE.

Une «approche lamentable»

Depuis janvier, près de 142 000 migrants sont arrivés en Europe en passant par la Méditerranée et 440 sont morts ou portés disparus, selon les derniers chiffres du Haut-Commissariat de l'ONU pour les réfugiés (HCR). Un peu plus de 132 000 (dont 48% sont des Syriens) sont passés par la Grèce et plus de 9200 par l'Italie.

«La situation en Grèce est dramatique. Les migrants ne peuvent maintenant plus quitter le pays en raison des restrictions aux frontières imposées par l'Autriche, la Slovénie, la Croatie, la Serbie et l'ancienne république yougoslave de Macédoine», a soutenu M. Zeid, jugeant «cette approche lamentable».

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Il a également critiqué les différentes mesures prises à l'encontre des migrants en République tchèque, en Hongrie, en Slovaquie et en Pologne, et a dénoncé, une fois de plus, la montée "du racisme, de l'intolérance et de la xénophobie en Europe".

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